| Ecrit par Emilie Loubere,
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Ce texte répond à la thématique de l'instant et se déroule dans une salle de classe, avant la sonnerie.
Petite professeure émue et sans amour. Elle parle et se regarde dans les yeux de ses apprenants. Elle rougit subitement et le sait. Elle a chaud. -"Pourquoi rougissez-vous Madame?" Elle répond que ce n'est rien, qu'elle se sent un peu mal.Doux euphémismes catastrophiques pour une classe d'adolescents prêts à diffuser les moindres rumeurs. Fragilité dure. Persistante. Ne sait plus si elle veut un enfant. Elle a détruit sa vie. Qui, elle? Elle s'enferme dans la salle de classe, écoute les cris et les rires de ses élèves. se dit qu'elle ne sait plus. Elle les regarde s'amuser dans la cour.Elle sourit de les voir gais. Un bébé, un tout petit bébé. Hier le gynécologue lui a demandé d'être patiente, très patiente.Elle a reçu la nouvelle comme un nouveau coup, un choc. Un éclat dans son coeur. Se dit qu'elle n'en veut peut-être plus. A envie qu'on la laisse tranquille. Sait qu'elle n'y parviendra pas toujours. Pas assez solide pour son métier. Plus du tout. Sait qu'elle doit faire face. Mais n'y parvient pas.A peur des regards. A peur d'elle et de son corps. Du bout de ses orteils au terme de sa chevelure, quelque chose tremble, vibre, secoue. De nouveau cette envie bien féminine de pleurer. Plus grave, elle sent qu'aujourd'hui elle peut craquer. S'effondrer comme une averse en automne. Elle aime les enfants, et même les adolescents. Mais rien n'y fait, elle ne s'aime pas. Regains d'énergie, abyme de décrépitude. Elle a de moins en moins faim, ce n'est pas bon signe. Si elle maigrit, elle se trouve trop grosse. Les enfants jouent à se battre, quelle drôle d'idée. Elle observe ses collègues arriver. Mais comment font-elles? Moi je n'y arrive pas, non je n'y arrive pas!Plus envie! Ne sais plus!Veux crier mais rien ne sort! La nuit en plein jour. Je revois ma piètre analyse du poème. Piètre. Pourquoi piètre? Incapable de dire. "L'heure du berger". Très beau, ce poème. Dans quelques minutes la sonnerie et pas un pied talonné en salle des professeurs.Ne veut pas aujourd'hui. Commence à calculer des choses incalculables, à voir des choses dont elle pourrait se passer. Envie de changer de coiffure. Envie de choses magiques.Toujours un oeil sur les élèves. Des sacs délaissés dans un coin de la cour, des coups de carnet. Ah! Un sac sur le dos d'une jeune fille.Bientôt l'heure. Pas de craquer, j'espère! Dans cinq minutes.Soupir. Elle ira les chercher par l'escalier extérieur. Atelier d'écriture, quelle bonne idée! Mais je ne peux pas écrire davantage.Je vais les aider. Hop, on cache le téléphone portable et on redevient professeure. Deux oiseaux volent. Ouf, plus de désir suicidaire en les apercevant. C'est déjà ça! Envie de quoi, au fait? Sonnerie imminente. Va très vite se lever.Nausée. Ne voit plus rien. Se transforme. En avant professeure! J'attends l'instant magique. J'ai posé la magie sur le papier. Prête à faire semblant. J'y vais. |
tout moi ça
Ecrit par: monique () le 05-03-2010 11:45