| Ecrit par Les chants du trottoir,
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- C'est plus fort que moi : à chaque fois que je la voie, j'ai envie de lui sauter dessus, l'embrasser, la déshabiller et la dévorer toute entière, des orteils aux oreilles. - Je ne vois pas où est le problème, vous l'aimez. - Non, justement, si c'était le cas je serais mort de trouille. Je ne l'inviterais nulle part de peur de renverser mon café sur elle. Bien sûr je pourrais commander une bière, le verre est plus lourd ça contrebalançerait les tremblements, mais j'aime pas la bière. - Vous avez pensé au jus de fruit ? - Bien sûr mais ça me donne des aigreurs d'estomac, en plus ça tache bien plus que le café, je veux dire au niveau quantité. - Bon je vais vous faire une ordonnance et on en reparle dans une semaine. - Mais... J'ai pas terminé ?! - Vous m'en parlerez la semaine prochaine Mr Dutrottoir ! Saleté de psy. Je vois clair dans son petit jeu. Il compte les baillements qu'il réprime et au quatrième, hop! D'un coup il décide que la séance est terminée. Même les opérateurs téléphoniques sont plus réglos, facturation à la seconde : franche, directe et précise. Mais je suis pris au piège et le bougre il le sait bien. Il sait que je sais qu'il sait et il me fait mariner dans mon jus comme une vulgaire marinade sentimentale. Enfin c'est la vie et parfois tu dois ramper alors que tu ne demandes qu'à courir. Bon, qu'est ce qu'il m'a prescrit cette fois-ci. Du xanax ?! C'est quoi ce truc. On dirait que ça vient de l'espace. Je vais demander à la pharmacienne tiens, elle au moins elle est sympa. - Bonvour, ve voudrais du Ksanaxx. J'avais l'ordonnance dans la bouche parce qu'avec les mains je mimais des antennes pour faire extra-terrestre. Je voulais être drôle, je me sens encore plus seul que d'habitude, d'autant qu'il y a du monde. Qu'est ce qui se passe ? On dirait une séance de dédicaces chez Gibert. J'espère que c'est pas mon psy qui a organisé une lecture publique de ses ordonnances, il serait capable de me prendre à parti pour la photo dans le journal. J'entends ça d'ici : Ahh (ton pompeux qui se veut décontracté mais sérieux) Mr Dutrottoir est un de mes meilleurs patients, Oui oui, depuis que ses parents me l'ont amené, il y a maintenant une vingtaine d'année on ne se quitte plus (rire entendu avec la patronne de la pharmacie)... - En injection ou en suppositoire ? - Euh... - Je plaisante, ce sont des comprimés. - En comprimés alors, ahahahahaha ! (rire soulagé et un peu faux) - Alors vous en prenez un à chaque repas et ça devrait vous apaiser. - Vous voulez dire que je n'ai plus besoin de manger ? - Vous en prenez un AU MILIEU de chaque repas... - Le milieu, vous l'entendez comment ? - Quest ce que vous voulez dire par là ? - Ben c'est pourtant simple comme question. Je pèse tout mon repas que je divise ensuite en deux parties de même poids et j'ingère la petite molécule rose que voici après avoir porté à ma bouche, maché et avalé la première moitié ... Je ne vois que ça parce que si je chronomètre, il se peut que je ne mange pas aussi rapidement la seconde moitié que la première. - C'est à dire qu'on ne m'avait jamais posé cette question. Je ne sais pas trop, je suis nouvelle. Attendez, je vais demander à ma collègue. - Heureusement que j'ai demandé. - Ahhh mais c'est pour Mr Dutrottoir ! (sourire hypocrite) Bon alors, on m'a fait part de votre inquiétude et je vous rassure tout de suite : l'important est d'avoir quelque chose dans l'estomac au moment où vous prenez le médicament. - Et ce quelque chose va partir ensuite ? - Euh non, ce n'est pas un vomitif. - Et alors comment elle va sortir la boule ?! - Quelle boule ? - Ben la poisse, les angoisses, les tremblements... - Ecoutez vous mangez comme d'habitude et, disons avant le dessert, vous avalez le comprimé avec un verre d'eau, ça va aller ? - ça, je peux pas vous le dire à l'avance. En sortant de la pharmacie, je ne pense plus à rien. Je jette la boîte : le monde est déjà suffisemment cinglé comme ça, je ne vais pas en rajouter. |
Charmant
Ecrit par: Framboise () le 15-09-2009 18:28