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Le Couffin

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04-02-2010
Dernière mise à jour : ( 06-02-2010 )
 

Ecrit par Evelyne Donnadieu,

Voici ma première tentative.  Un jouet témoigne d'un passage de l'enfance à l'adolescence. Non, ce n'est pas moi le couffin :-).

 

Coucou ! Je suis le couffin de poupées! Cousine Odette m’a acheté pour les cinq ans de Poppy, et pas dans n’importe quel  supermarché, je viens d’une vraie boutique de Caussade !

 Malgré cela, je n’ai eu qu’une utilité subalterne pendant quelques années. Depuis deux ans je suis sans emploi, relégué au fond du cellier entre une armoire pleine de boites de conserves maisons et un panier d’œufs qui ne désemplit pas. De temps en temps, une souris vient grignoter mon rebord de nylon avant de partir vers des intérêts plus nutritifs. Vous parlez d’une compagnie pour un couffin de boutique!

Le seul avantage, non négligeable en ce 15 août caniculaire, c’est la fraîcheur. Cependant,  je l’abandonnerais volontiers pour être de l’autre côté du mur, dans la chambre de Poppy, d’où s’échappent des rires de petites filles.

Soudain, les voix s’éloignent pour réapparaitre au seuil de la porte du cellier dans un jaillissement de lumière électrique. Deux feux follets courent vers moi et agrippent mes anses ; après un balancement frénétique sur quelques mètres, elles me catapultent dans la chambre. Décidément, je ne savais pas qu’on se souviendrait encore de moi, peut-être que ma juste valeur va enfin être reconnue, quel bonheur d’être désiré avec autant de passion !

C’est la première fois que je vois son amie, Cécile, et, dans robe ayant appartenu autrefois à la mère de Poppy, elle resplendit de féminité. Quel contraste avec le poulain à moustache de crayon de couleur dans le costume de mariage de son père qui me fait office de propriétaire ! Elle porte dans ses bras une masse velue vêtue d’ une robe de laine rose. Pourquoi n’ai-je pas fini chez elle ? J’imagine un bonheur parfait dans sa chambre parmi ses poupées et l’objet de toute l’attention qu’un couffin de ma classe peut imaginer. Elle se penche tendrement au dessus de moi et dépose l’objet de son affection dans ma corbeille. En deux secondes, je gagne cinq kilos. Elles s’en vont. Le père-Poppy vient d’inviter sa femme au restaurant. Bébé s’endort en ronronnant. Je m’engourdis dans ma promotion pendant près de deux heures, à peine incommodé par la sonnerie du téléphone et un bruit de voiture à l’extérieur.

Les deux feu-follets apparaissent pour abandonner leurs déguisements à terre et mettre leurs habits de sortie. “Oh non! On allait oublier le chat!” s’exclament-elles. Je suis libéré de mes fonctions, on réveille le chat, on lui enlève sa robe et on ouvre la fenêtre pour le faire sortir, encore tout ankylosé par sa longue sieste. Deux voitures démarrent. La maison est vide. Il ne me reste plus qu’à m’assoupir et m’estimer heureux de ne pas repartir tout de suite tenir compagnie aux boites de conserves.

Je me réveille dans une odeur de tabac qui me fait tourner l’oreiller. Qui a jeté sur mon matelas un paquet de cigarettes vides, une cassette et un billet de tombola avec une série de chiffres en grosse écriture encore enfantine?  Des souvenirs sordides de bouts de ficelles et de morceaux d’assiette me reviennent… ce n’est pas Cécile. Les deux filles bavardent dans les lits jumeaux. J’apprends qu’il est presque onze heures et qu’hier leurs deux familles ont abandonné les tracteurs pour se retrouver à l’autre bout du département dans une fête de village : repas, bal champêtre et moderne, attractions foraines, tout y était pour le plaisir de tous. Elles ont l’air ravi d’avoir pu entrer gratuitement en prétendant qu’elles n’avaient pas encore douze ans. L’heure du compte-rendu est arrivée. Je feins de ne pas écouter en bon couffin de boutique qui se respecte.-          « Je ne comprends pas pourquoi ton père nous a donné une cigarette, se demande Cécile.-          Sûrement pour nous dégoûter. Il aurait certainement pas été aussi fier s’il nous avait chopé derrière les auto-tampons avec le demi-paquet qu’on a trouvé par terre. »Cela les fait rire, les chipies ! Apparemment cette trouvaille leur a permis de faire des connaissances… Thierry et Olivier… cela devient intéressant…. Elles parlent trop vite, c’est frustrant, je n’entends que des gloussements entrecoupés de mots…”mignon”, “Je lui ai dit”, “Il a répondu”… De sa voix haut-perché, Cécile monopolise la conversation. Poppy se contente d’écouter attentivement et de sourire. Soudain, son amie lui demande:“- Tu l’as mise où la cassette que Thierry t’a donné?”-  Dans le couffin, avec le reste.- C’est quoi la musique ?- Metallica.- Tu connais ?- Pas vraiment. Y’avait un mec en sixième qui avait le nom du groupe écrit sur son sac. Ça doit être cool.- Il n’avait pas du Jean-Luc Lahaye dans son sac plein de cassettes?

- Je crois pas… On se lève? Ma mère va croire qu’on est mortes.”

Poppy saute du lit et s’habille en quelques secondes. Elle me lance un regard indifférent, pose mon contenu sur la table de nuit, et me soulève.

“Ce truc n’a qu’à revenir à la cave. On va pas habiller les chats toute notre vie.”

 

Et nous partons. La dernière image de cette chambre qui restera gravée dans ma mémoire, sera la vision délicate de Cécile encore en chemise de nuit, en train de choisir le T-shirt et le short assortis, qu’elle allait porter ce jour là.
   

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Touchant

Ecrit par: Andong () le 28-02-2010 16:49

Touchant

Ecrit par: Andong le 28-02-2010 16:49

L'enfance et puis... 
ce temps qui passe, cette nostalgie, et en même temps cette joie de vivre toute simple de l'enfance à l'adolescence... Belle tranche de vie de la part d'un couffin !

 

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Les petites grandissent

Ecrit par: Ferdi () le 07-02-2010 15:46

Les petites grandissent

Ecrit par: Ferdi le 07-02-2010 15:46

Deux fillettes vues par un couffin; leurs dialogues, leurs jeux, leur évolution qui les amène à abandonner leur vieux jouet. Récit tendre et drôle.

 

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