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Le faussaire

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MauvaisExcellent 
12-01-2008
Dernière mise à jour : ( 12-01-2008 )
 

Ecrit par Les chants du trottoir,


Un petit garçon rêveur et insolent vit dans une tranquille petite ville. Sa vie est partagée entre le collège et la lecture. Un jour, il défie sa professeur de français. Cette confrontation le replonge dans l'univers d'un de ses livres. Dans la hiérarchie des orateurs, je me considérais juste en aval du professeur. Parce que j'étais le meilleur en dictée, je profitais du relatif confort de ces heures de français pour m'y ébattre, décontracté. Pendant l'une de ces séances, je discutais avec ma voisine de table. Au tableau, madame B. expliquait les caractéristiques de la nouvelle au reste de la classe silencieuse. Grisé par le printemps, mon avance en orthographe et l'intérêt pour ma petite camarade, j'ignorais le cours pour lui raconter des histoires dénuées d'intérêt littéraire. Je ne tenais pas en place, une simple question dans ma direction m'y remit : - En quoi "Le poney rouge" de John Steinbeck est-il une nouvelle ? - Vous vous trompez madame, c'est un roman. Pour moi, tous les livres de poches que je lisais étaient des romans. En plus, cette histoire fait presque cent pages. C'est donc un roman. - Puisque tu en es si convaincu, tu me le prouveras pour le prochain cours. Elle a l'air sûre d'elle: je sens le lasso se refermer mais ne me débats pas; un peu tremblant mais bien déterminé à m'en tirer la tête haute. Le soir venu, je travaille plus que d'habitude. Ce livre va me montrer ce qu'il a dans le ventre. Je le relis, ça sent la paille. J'implore l'aide de ces personnages que j'ai aimés mais ils ne m'entendent pas, ça doit être à cause du bruit des sauterelles. Si je veux tuer un cochon, je peux compter sur eux mais la littérature ce n'est pas leur domaine. Devant moi, il y a une ferme ; plus loin, on devine de l'eau. Allongé dans l'herbe bordant l'étang, j'y vois le reflet d'un visage connu : madame B. se rappelle à mon honneur. Sortant de ma rêverie, je cherche un moyen d'avoir raison. Je me souviens alors que, selon l'édition, les mises en pages d'un même texte peuvent présenter des différences. Disons que je travaille pour Folio: je tutoie les auteurs et corrige leurs manuscrits. Sur le bureau de ma mère, je trouve un stylo noir qui fera l'affaire. J'attaque la calligraphie : "Chapi..." J'ai toujours écrit comme si je n'avais pas de doigts. Déjà trop bavard en maternelle, je regrette maintenant mon inconstance lorsqu'on nous faisait dessiner les formes géométriques, embryons des vraies lettres du futur CP. Qu'importe, défiant la précision des rotatives et la science de ma professeur, je réinvente l'imprimerie. Avec la patience d'un moine copiste, je trace péniblement : "Chapitre I". Que dirait John s'il me voyait écrire sur son livre? Partirait-il dans un rire sonore en me voyant m'enliser dans mon ignorance ? Ça passera jamais. Même en prenant un peu de recul, un effet buvard auréole d'un baveux lavis le contour déjà incertain de mes lettres maladroites. Je tente en vain de me convaincre que ce n'est pas du suicide: "Chapitre II", et ainsi de suite jusqu'au dernier. C'est très laid, j'aurais du me taire. Je suis dans l'étang jusqu'au cou; un coup à tomber malade. Steinbeck rit de plus en plus fort alors je plonge la tête sous l'eau.Tant pis pour les conséquences, je parachève mon horreur en inscrivant la mention 'roman' sur la page de garde. Le jour fatal, quand sonne le glas, je me précipite au fond de la classe pour passer inaperçu. À l'entrée de ma contradictrice, je m'applatis sur la table, tel le poney malade du texte nous opposant. Sous la lumière ardente des néons, je transpire autant qu'un soir d'orage californien. Une demi-heure passe. Les nuages s'accumulent. Peut-être qu'elle m'a oublié. L'heure se termine. Je me lève, presque guéri, et tente de fuir avant la pluie. L'éclair me saisit. Foudroyé, je lui tends mon exemplaire, pièce unique que j'assure avoir acheté comme ça. Le verdict tombe : collé. Mauvaise nouvelle, ma crédibilité et mon samedi matin sont morts. Je passe évidemment la matinée en question à analyser des extraits du fameux texte. Ce jour là j'ai décidé de ne plus jamais écrire... (Quinze ans plus tard, sur internet, "Le poney rouge" est classé dans les deux catégorie: 'roman jeunesse' ET 'nouvelle', en fonction de l'édition. Je suis tenté de retourner voir madame B. pour lui demander des comptes mais j'ai passé l'âge.)
   

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Un pas de géant vient d'être fait

Ecrit par: Jocelyne Barbas () le 12-01-2008 10:38

Un pas de géant vient d'être fait

Ecrit par: Jocelyne Barbas le 12-01-2008 10:38

Bonjour, 
Ce texte correspond davantage à la "nouvelle". Agréable à lire, vous conservez à la fois votre style et votre humour. Bravo.  
Pour améliorer la présentation de cette nouvelle, je vous renvoie à la lecture du document "fonctionnement des ateliers" à télécharger sur la page de lecture des consignes.  
Amicalement.

 

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