| Ecrit par lahlou zouhair,
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Il s'agit d'un souvenir d'enfance particulièrement prégnant car il évoque la douceur de vivre dans les années 60 et le fait que l'on s'attachait beaucoup plus, à cette époque, aux habitudes et aux traditions.
Ma tante Quand j'avais dix ans, je m'ennuyais souvent dans ma maison de Rabat. Alors, chaque fois que j'en avais l'occasion, je descendais en ville voir ma tante Fatma. C'était quelqu'un de discret et qui s'ennuyait elle aussi. Alors, pour passer le temps, elle faisait des biscuits. C'était des biscuits particuliers et personne ne savait les faire comme elle. Elle confectionnait des sablés très tendres au bon goût de beurre qui avaient la forme de bâtonnets. Elle les appelait « les petits traits »car ils étaient en effet striés. La pâte passait dans un moulin à gâteau ancien muni d'une manivelle. Selon la forme de gâteau qu'elle voulait obtenir, ma tante plaçait un embout différent à son extrémité . Ce moulin en fonte m'impressionnait déjà en lui-même. Il était massif et ma tante le fixait à la table grâce à un étau. Peu habitué à voir des objets techniques de près, cela me fascinait. Sous de vigoureux tours de manivelle la pâte jaillissait alors de l'orifice denté en faisant un bruit visqueux, comme de la pâte dentifrice sortant d'un tube. Ma tante recueillait alors le biscuit en forme de bâtonnet, tout mou sur ses doigts et le posait délicatement sur une plaque beurrée et farinée. A l'époque, les fours domestiques étaient rares et chers. Alors ma tante faisait porter la plaque au four public où tout le quartier faisait cuir son pain. Elle insistait pour que l'on dise bien au fournier de placer la plaque à l'entrée du four et non au fond, car les biscuits seraient revenus carbonisés. Puis c'était l'heure du thé à la menthe. Ma tante versait plusieurs fois le thé fumant dans un verre et le reversait dans la théière. De cette façon, paraît-il, le thé s'aérait et délivrait tout son arôme. Les petits biscuits en forme de bâtonnets striés accompagnaient alors le thé, mêlant leur arôme vanillé à la fleur d'oranger que ma tante rajoutait dans la théière. Une fois la dégustation terminée, ma tante Fatma sortait son paquet de cigarettes « Marquise ». Il était assez mal vu pour une femme de fumer à cette époque, mais ma tante n'avait cure de ces conventions. Elle sortait la cigarette de son étui et l'allumait solennellement. Des volutes de fumée envahissaient l'espace. Il y avait quelque chose de magique dans cette fumée, tout comme sur le dessin qu'il y avait sur le paquet. On voyait en effet, sur fond gris, une dame distinguée, vêtue de rouge,fenveloppée dans une sorte de fourreau que constituait la fumée. L'odeur de la fumée avait également un goût particulier. Le bruit courait, de fait, qu'il y aurait de l'opium dans la cigarette, pour rendre les gens plus dépendants...Ce n'étaient peut-être que des rumeurs, toujours est-il que le jour où je fus assez grand pour fumer et que je goûtai pour la première fois à la « Marquise », la tête me tourna tellement que je commençai à prendre ces rumeurs au sérieux. Je sortais de chez ma tante comblé, ayant l'impression d'avoir passé une bonne après-midi. |
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Un art de vivre
Ecrit par: ferdi () le 11-01-2010 18:21