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Plus Dure Sera la Chute

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MauvaisExcellent 
26-02-2010
Dernière mise à jour : ( 01-03-2010 )
 

Ecrit par Isabelle GUILLON alias Mercier,

Plus Dure Sera la Chute est une repise courte, puis la suite de Madame FUJI-SAN?                                écrit par Isabelle GUILLON

Plus dure sera la chute, écrit par Isabelle GUILLON (consigne 2 de février 2010) : nouvelle-instant : un instant, des instants donnant un éclairage... Autant d’éclats de vie qui ne doivent pas laisser le lecteur indifférent.) 

Je la revois encore, cette photo, comme si elle était juste là, sous mes yeux. Comme si je m’attardais encore à me la commenter.

            Une jeune femme, lèvres librement étirées et yeux gris pétillants. À ses côtés, un homme en robe brun-rouge, l’enveloppant du regard, l’air serein.            En toile de fond, des collines vertes et des guirlandes de fanions.            En sous-titre :̎ Au cœur de la Dordogne, Léna et le Lama qui la guide.̎ Belle photo, beau cliché. 

            Jamais ça ne pourra m’arriver, ça !

            M’appeler Léna, être confiante et gaie ! Je ne le mérite pas ! Pour être bouddhiste il faut être né un sourire aux lèvres, non ? C’est un destin ?

            ̎ Au cœur de la Dordogne… ̎

            J’avais refermé le magazine avec une douleur à la poitrine… Pour cette histoire de cœur, l’organe doit être chaud, léger, aérien, non ?

            Celui que j’avais là entre côtes et sternum - combattant aux lames binaires – était toujours saignant, presque crû, et d’un mordant, parfois ! Quand il l’avait décidé, il pouvait  entraver tout le reste de mon système vital ! Plus de respiration, plus de paroles, plus d’activité cérébrale…

            Lorsque ces morsures cardiaques s’accéléraient, l’annihilation était quasi complète. L’ombre de la fin planait sans aucune proposition de mort libératrice. Elle envahissait mon espace, me menaçait. Quel pouvoir avait encore le corps, alors ? Autre qu’une dernière force pour aller se terrer comme une bête sauvage ? Un loup-garou se déchirant lui-même dans un morbide tête-à-queue ! Un cercle vicieux mi-physiologique, mi-tau.

            C’est ce deuxième mi qui – incompréhensible – empêchait l’être de ressurgir pour s’en sortir. Ça, je le savais.

 

            Depuis mes treize ans c’était comme cela. L’époque de latence qui avait précédé avait laissé une traine de souvenirs flous mais très acceptables. Malheureusement par la suite, de manière brusque, se sont dressées de monstrueuses pierres d’achoppement entre mon être et le monde. Comme un mur gigantesque partiellement éboulé de ci de là, me permettant d’apercevoir - mais pas plus - des paysages aussi étrangers que beaux….

            Le début de l’enfer-me-ment portait une date précise, gravée dans les pierres de cette muraille : mille neuf cent quatre-vingt dix, le vingt-sept août mille neuf cent quatre-vingt dix.

 

            Vingt ans après l’érection de cet édifice et son morcellement aussi subit, constat amer : pas la moindre fenêtre ouverte, toujours rien de rebâti. Plus possible de parler de crise d’adolescence. Les années s’éternisaient en longueur alors que mes pas vagabondaient sur ce caillouteux sentier de ma survie.

            L’existence toujours devant, le train vue de derrière ; on a beau courir à perdre haleine…

            Battre sa coulpe, montrer son meilleur faciès. Faire comme si c’était facile, seule manière d’être acceptée par les initiés, ceux qui savent, ceux qui peuvent. Unique façon de se supporter soi-même.

            Et eux, de moi, réclamaient toujours la même chose :

-         Parle plus fort !-         Répète !-         AR-TI-CULE !

Clairement, cette dernière syllabe, je l’avais dedans !

Quelle folle énergie dépensée à chaque fois pour se faire entendre. A vous laisser hors service, en panne sur le bord du chemin, pour trop longtemps.

 

Sons et parole, comment ouvrir grand la voie à ces éclats ensevelis sous un tas de gravats. Ils n’échappaient que par filets fluets ou fusaient en pitoyables gargouillis, un ruisselet filtrant à travers les fissures du barrage.

Ce n’est pas l’environnement effrayant vu à travers des vitres opaques qui les aurait poussés à jaillir naturellement comme de frais geysers, ces sons prohibés.

Mon être en moi se fatiguait, désespérant de ne jamais parler au jour. Mais. Heureusement. Planche de salut. A poser sur les éboulis… J’étais en même temps intimement persuadée que ce magma informe de mots bouillonnants au fond de moi pouvait – si on le laissait – s’épandre avec une certaine grâce.

De la beauté, là-dedans.

Je la devinais comme un sculpteur exercé peut voir – dans la pièce de bois, avant le premier coup de ciseau – la forme imaginée… Mais quel outil prendre ? Par quel bout s’en saisir ? Comment le manier ? De quel art user ?

 

            A trente-trois ans - déjà vingt ans de grande détresse – je rencontrai un homme de mon âge. Un peu mal au point, lui aussi, mais d’une autre façon. Il était rattaché à un groupe bouddhique. Il apparût vite que cette société avait peu à voir avec le bouddhisme tibétain, thaïlandais, sri lankais… Non, non… Elle avait été établie à l’est de tout cela et légèrement plus au sud. Là où le soleil se lève... Et pourtant… La lumière… Y faisait… Des faux !

Son aspect : un rassemblement dûment hiérarchisé, totalement sectaire même, d’individus disparates. Ce constat fait j’y allais de mon adhésion. Il m’était perversement réconfortant de m’apercevoir que je n’étais pas toute seule à vivre du mauvais côté du mur, boulets aux pieds et sans échelle assez solide pour échafauder la moindre sortie à l’air libre.

 

Mais quelque chose se passa alors et – après moins d’un mois de pratique – le flux des paroles se mit à pousser fort, vers la sortie, tout là-haut. Petit à petit, je me fis entendre.

Malheureusement ma nouvelle éloquence m’entraina à énoncer des paroles désagréables.

Telle :

-         De la méditation, pourquoi on n’en fait jamais ?

Ou bien comme :

-         Le don ? je ne comprends pas…

Ou encore :

-         Franchement, 20 euros, j’peux pas ! 

De moins en moins de sourires compatissants à chacune de ces gaminissades… On commença à me chapitrer.

-         Mathilde, tu ne comprends rien à rien !... 

Puis il y eût l’excès de trop.

Ce jour-là, environ deux heures multipliées par trente jours, multipliées par trois mois - c’est-à-dire, au très bas nombre, cent quatre-vingt heures de récitation de mantra plus tard – je demandai :-         La méditation silencieuse, ça ne veut rien dire pour vous ?

Je fus huée ! Je dus sortir. J’en fus dégoûtée ! C’était fini ! La page était tournée…

Mais je l’avais dit !

 

C’est alors qu’avec ce gars-là même qui m’avait introduit on a décidé d’aller voir ailleurs, chez les plus classiques, les vrais ? Les Tibétains.

Ensemble on a continué. La confiance était là, cette fois. Nombreuses fins de semaine radieuses lorsque nous allions au Centre. Longs enseignements des Lamas.

Nos tentatives pour nous faire une idée, nous créer une image, de là où ils voulaient en venir, se succédaient. Mais si les véritables prises de conscience étaient rares, les paroles, elles, étaient apaisantes, comme un baume du tigre sur des cœurs griffés.

Promenades, aussi, le long des berges sinueuses de la Dordogne, ou sur les sentiers serpentant des crêtes des collines, pour des randonnées reflétant les parcours de nos questionnements.

Avant chaque séjour je me démultipliais pour pouvoir arriver à temps pour la cérémonie du vendredi soir au petit temple. Les Lamas nous permettaient d’y assister, mais sans participer. Elle appartenait à ceux des trois ans, trois mois, trois jours – les Lamas ayant traversé ce long recul loin du monde – et nous, les stagiaires de fin de semaine, ne pouvions que nous y baigner, sans en savoir, ni y comprendre, quelque chose. 

Les initiés y donnaient de la trompe et des cymbales. Pour certains des néophytes, c’était insoutenable. Au bout d’un quart d’heure ou deux ils rangeaient coussins et livrets et s’éclipsaient. Nous, les autres, nous tenions assis, jambes croisées, sur de gros coussins rouges, à suivre des yeux des rituels récités en tibétain, aussi élaborés qu’impénétrables. Les bougies, les pétales de fleurs jetés en l’air et nous effleurant valaient plus que leur pesant de parfum.

Nous ressortions de ces deux heures comme d’un bain de jouvence, l’énergie battante. Je suivais alors mon compagnon de route sur les sentiers des mamelons de colline. Senteurs des châtaigniers et des mélèzes. Nos pas s’enracinaient dans la terre, nos instincts étaient reconquis, nous redevenions primaires.

Je crois me souvenir que ce culte avait pour but de casser le trop d’égo.

 

            Des statistiques avaient établi que plus de soixante-dix pour cent des pratiquants était des femmes trentenaires pouvant afficher entre bac plus deux et bac plus trois. Pourtant, loin des chiffres, les diversités de points de vue auxquels nous étions confrontés en nous côtoyant tous étaient  à donner le vertige. C’était compliqué pour ma boussole interne de s’y retrouver. La traversée de ces week-ends communautaires était pour moi égale à une marche sur deux fils au-dessus d’une avalanche de cailloux. Mais j’avançais.

Adaptation. Soumission. Introspection. Extraversion.

 

Quelques-uns des pratiquants s’étaient attachés au centre bouddhiste comme des algues au rocher, ondoyant au gré des marées. Ces accrochés avaient une mascotte, Amandine. Cette jeune femme mongolienne faisait lien entre eux. Toujours gaie, elle savait se faire aimer de tous le monde.

Un jour, alors que j’étais à la table de cette petite boule de joie d’Amandine, je l’entendis apostropher un Lama qui traversait le réfectoire :

-         Lama Puntso, Lama Puntso, viens me voir ! Ttu sais, moi, je sais !

-         Ah oui ? Et quoi, Amandine ? Que sais-tu ?

-         Je sais que la vraie joie c’est quand je suis joyeuse et que je ne cherche pas à y rester. Lama Puntso, à partir d’aujourd’hui je vais être un boddhisattva.

-         Ah ça, toi ! Et tu sais ce que c’est qu’un boddhisattva ?

J’intervins alors en tierce, comme pour la placer sous mon aile protectrice :

-         Elle a son dictionnaire à elle, au dortoir.

Le lama me balaya du regard et se retourna vers la jeune femme pour lui répondre, directement à elle et sans aucun ton d’attendrissement dans la voix :

-         Tu as un dictionnaire des termes bouddhistes ?

Son ̎ tu ̎ faillit me tuer, mais il me réveilla.

Déjà Amandine poursuivait :

-         Oui, j’ai un dictionnaire sur ma tablette, au dortoir. Et le boddhisattva c’est celui qui voit son chemin là où il est. Moi, je suis là, et je vois que je suis là, au centre, que je parle à toi, Lama Puntso. Je suis là, au centre et mon cœur il est tout chaud, là, elle montra de l’index, à tour de rôle, le bas du sternum, de chacun de ses voisins de table, provoquant leur rire, ça, je le vois, je vois tout !, insista-t-elle, rieuse.

-         Je t’entends, tu vois juste, répondit Lama Puntso, l’air vaguement songeur. Tu ne connais pas la culpabilité, toi, on dirait, appuya-t-il, et bien dans ton dictionnaire qui est là-bas sur ta tablette du dortoir tu vas chercher le mot égo et tu reviendras me voir… quand tu voudras !

Plus qu’une leçon de grammaire à effet baguette phosphorescente, je venais de recevoir tout un enseignement sur la valeur sacrée des pronoms ! Toute la lumière, en un éclair, sur ce en quoi consistait véritablement le respect de l’être, quel qu’il soit !

À savoir : déficit mental, blocage de la tête, désaffection cardiaque … ou pas, tout être est respectable et digne d’être adressé de même manière.

Choc ! Compréhension instantanée d’un précepte qui avait été l’objet de tout un week-end d’enseignement, quelques mois plus tôt. Un de ces précieux instants où, par un mot, par un détournement de regard, un pas-grand-chose, tout se clarifie, devient limpide. Courts moments, temps d’un battement de cils, prémices d’un balbutiement d’être…

Exprimée en mots, il s’agissait de l’équation suivante :

Tout être ne peut exprimer la vraie compassion qu’à une condition : quand il n’est pas lui-même sujet au mal être au moment où il perçoit un déficit de n’importe quel ordre chez un autre. Lorsque la souffrance des autres ne nous ramène pas à notre propre souffrance, alors seulement nous pouvons aider celui qui peine. Ce n’est pas en ayant peur que l’on peut apporter une aide. Dotés de toutes nos facultés, alors, oui, nous pouvons amener de la clarté alentour…

C’est ainsi que, de petits moments en grands instants, la pratique du bouddhisme me permit de sortir de l’enfer et de me reconstruire un moi.

 

Mais si, aujourd’hui, je fais plus que faire face ; si j’aime ce moi pas plus méritant, pas moins qu’un autre, pas souvent au point, toujours atypique, mais moi, c’est qu’un autre instant a achevé de me mettre au monde. En cette seconde j’ai compris, puis plus tard accepté, ce qui m’avait opprimée depuis toujours, là-bas, de l’autre côté du mur.

Ce jour-là, sans préméditation aucune, mais à la faveur de la conversation, je me suis attaquée au reste du fardeau, au poids lourd de mon bagage. Je l’ai amené en bouche, dédaignant l’accélération du cœur, forçant le nœud de la gorge au passage, regardant mon émotion droit dans les yeux, et j’ai demandé à ma mère :

-         Et pourquoi ne m’as-tu pas faite soigner quand j’ai failli mourir, quand j’avais treize ans.-         Mais il n’y avait rien, pas d’endroit pour ça, Mathilde !

-         Si, il y avait un service spécial qui existait à l’époque, je le sais, insistai-je, narguant ma détresse.

-         Mais Mathilde, dit-elle, c’est sûr, - et, me jetant un regard dur, elle ajouta -, c’est qu’ils n’auraient pas voulu de toi !
   

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jiaime beaucoup

Ecrit par: M. De Trump () le 25-03-2010 09:08

jiaime beaucoup

Ecrit par: M. De Trump le 25-03-2010 09:08

"J'avais lu "madame Fuji-San?" et j'ai aimé beaucoup cette "extraversion". Très dure, en effet, la chute! Cette mère serait apaisée (bon mot?) par la mort de sa fille, avec tout inconscience, mais en disant ça quand même: "ils n'auraient pas voulu de toi!!!" 
 
Je pense que peut-être la mère veut pleurer sur elle-même, aussi? mais elle ne sait pas comment. 
 
J'ai eu des connections avec les mère-fille relations, et je connais combien complexe. J'ai appris aux dépens de ma soeur ce que signifie "c'est la faute à l'autre, toujours, difficile de regarder nous nous sommes trumpés".

 

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Réponse à ferdi: POURQUOI?

Ecrit par: Mercier () le 03-03-2010 21:32

Réponse à ferdi: POURQUOI?

Ecrit par: Mercier le 03-03-2010 21:32

La résolution de l'ensemble du texte repose dans ce dialogue. Ainsi que dans la lecture à voix haute des lettres en gras. A chacun d'y trouver sa réponse, car s'il n'y a pas de chemin, il n'y a pas de résultat. (... à mon avis) 
Mathilde

 

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Un éclair

Ecrit par: ferdi () le 02-03-2010 20:38

Un éclair

Ecrit par: ferdi le 02-03-2010 20:38

Un parcours difficile raconté de façon prenante. 
Un moment lumineux, exceptionnel : la révélation d'Amandine.  
A la fin, je me retrouve avec une question: pourquoi les médecins n'auraient-ils pas voulu de la narratricc?

 

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Erreur de navigation!

Ecrit par: Mercier () le 01-03-2010 10:32

Erreur de navigation!

Ecrit par: Mercier le 01-03-2010 10:32

Erreur de navigation! Veuillez pardonner mon laxisme. Au lieu de  
"Elle avait été établie à l’est de tout cela et légèrement plus au SUD. Là où le soleil se lève...", 
merci de lire 
"NORD". 
Mercier

 

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