| Ecrit par Les chants du trottoir,
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Il y a eu la bible et il y a ce texte. Heureusement qu'il y a eu la bible...
PREMIER CONTACT. Le conseil des mâles dominants a voté sans moi: on va embrasser les filles pour leur dire au revoir. Nous nous sommes réunis dans la ruelle devant le restaurant où avait eu lieu notre repas de fin d'année. En cette soirée de fête de la musique, nous étions presque tous soumis au diktat parental : vous rentrez à minuit. On était pourtant presque tous plus grand que nos ascendants ce qui ne les empêchaitde conserver l'avantage de l'argent de poche et les clefs de la maison. Ça va être mon tour mais je n'ai pas envie de tamponner des sentiments sur toutes les joues. Une seule m'intéresse. Je l'ai déjà embrassée des tas de fois, mais c'est la première fois que je vais la toucher. Je recule donc prudemment, pour ne pas être le premier. J'en crêve d'envie mais la chose est sérieuse. Je préfère laisser d'abord faire ceux qui savent, pour avoir un exemple. Déjà qu'on se foutait de moi parce que je ne savais pas que sortir avec une fille c'est lui baver sur la langue. Je pensais aux tranches grises de langue de boeuf qu'on nous servait sans sauce à la cantine. Impossible à avaler, même en mastiquant des heures. Bon, ça y est, c'est à moi. Je m'avance, tend le cou et me prépare à recevoir une décharge électrique. Rien. C'est comme dire bonjour à sa grand mère. Pas de quoi en faire une histoire. Un peu déçu, je n'en laisse rien paraître, écoutant attentivement le projet de fête d'anniversaire qui se prépare à l'autre bout du groupe. C'est prévu pour ce samedi. Ahhh! C'est dans trois jours : je ne serai jamais préparé psychologiquement. ROCK AND ROLL. Il est quinze heures et il fait nuit. Les volets fermés pour l'ambiance, je ne sais pas pourquoi mais ça sonne faux. Comme le Champomy. J'en bois verre sur verre et ça ne me calme pas. Un connaisseur choisit une musique de circonstance. Pogo? Hélas : slow rock... C'est con ce rituel: on est au milieu de tout le monde et on titube savamment, gardant une distance respectueuse avec sa partenaire. Tout ça sous le regard de spectateurs trop timides pour agiter leur propre corps mais suffisamment lâches pour se moquer des courageux apprentis. Je suis persuadé que je danse comme un arbre. Trop grand, trop raide. Y'a du bouleau. Ma cavalière me le confirme à voix haute. Inscrite dans un cours de danse depuis qu'elle sait tenir debout, je suis sûr que cette fille fait exprès d'improviser des mouvements techniques pour que j'ai l'air encopre plus ridicule. En plus cette chanson est interminable. Je n'avais pas envie de partager ce moment avec elle mais n'ai pas osé inviter celle qui fait danser mon estomac. Le morceau s'achève. Changement de partenaire. Les couples se séparent et nous voilà tous dérivant comme des petits spermatozoïdes. À la recherche du complément, de l'objet du désir naissant. Mu par un instinct nouveau, je décide d'agir. Je me rapproche de mon rêve, discrètement. Tandis que je traverse la pièce sombre, un vent bouillant éparpille mes pensées. J'arrive à son niveau. Je pourrais lui toucher le dos. Elle se retourne subitement, provoquant la tempête. Une rafale balaye tous mes plans. Muet, je lui hurle des yeux : INVITE-MOI!! Curieusement, ça fonctionne. Nous adoptons la position réglementaire et j'essaye de suivre le rythme sans lui marcher sur les pieds. Un pas en avant, un pas en arrière. Ah ça ne devait pas être comme ça parce qu'elle me regarde bizarrement. Je souris bêtement. Elle sourit joliment. Je lui avoue que je ne sais pas danser. Elle me répond que c'est pas grave, que je n'ai qu'à regarder les autres et imiter. Fouillant dans mon intelligence des trucs intéressants à lui dire, je me retiens pour ne pas lui sortir un banal "je t'aime". C'était l'époque où on diffusait 'Hélène et les garçons' et je voulais mieux qu'une expression utilisée par tellement de bouches qu'elle n'avait sûrement plus de goût. Je me contente alors de lui dire des trucs drôles en attendant qu'elle me serre très fort, pose sa tête sur mon épaule et me demande de l'embrasser, comme dans les films. Elle n'a pas l'air décidée. Peut-être que je dois me rapprocher ? Et si elle n'a pas envie ? Et si elle compte sur moi pour prendre les choses en main ? Mais si je commence à lui caresser les fesses, elle va peut-être me gifler. Je décide donc courageusement d'attendre un autre moment. Il faut dire qu'à cet âge là, chez les garçons, les hormones sont distribuées au compte-goutte. Pour les filles c'est autre chose : les tampons, l'épilateur et je ne parle pas de ce qui se voit... Toute une histoire. Moi, j'en étais à la préhistoire. SEXE. Les poils sur les jambes, on dirait qu'ils ont poussé dans la nuit. Je cherche ailleurs, tire sur l'élastique de mon slip : rien. Je lève le bras, me contorsionne pour regarder dessous : rien. Si ça se trouve je ne suis pas normal. Papa, pourquoi je n'ai pas encore de moustache moi ? Bruno il se rase déjà toutes les semaines. Il me répond que chez les bruns ça se voit plus tôt parce que les poils sont plus épais. C'est injuste. Mon enfance est un état totalitaire. Bonjour monsieur, je voudrais un visa pour le pays des poils. Le fonctionnaire me toise d'un air méfiant et me répond d'aller jouer avec mes legos. Je n'ose pas lui répliquer que je n'ai jamais aimé ça. Ni que j'ai trouvé un préservatif dans la chambre de mes parents et que je connais le mode d'emploi. En théorie parce que pour le reste, déjà que j'attends mes poils... Des poils il y en a peu le vendredi soir. À croire que c'est dégoûtant. Bien calé dans le canapé familial, j'ai bravé l'interdit et absorbe le spectacle de deux adultes consentants à présenter leurs ébats presques torrides. C'est l'heure du film de slips sur M6. On ne voit rien mais avec un peu d'imagination on s'y croirait. J'ai peut-être raté ma déclaration, l'autre jour à la boum mais mon coeur fait toujours poudouboum poudouboum quand ELLE apparaît dans mon petit cinéma. Mêlant mes souvenirs DU slow avec les images du (télé)film, je me prépare. Chaque jour je me dis que c'est le bon, que je vais rattraper le retard. J'occupe une position confortable dans le classement scolaire, je ne vais pas me laisser distancer par les statistiques masculines du premier baiser d'un magazine pour ados. Et puis c'est quoi leurs chiffres ? Tout le monde ment, c'est sûr. Ils font les braves devant la journaliste. Car c'est évident, c'est une femme qui pose ces questions aux jeunes conquérants. Alors eux, sans scrupules, se pavanent et sont fiers d'annoncer que même s'ils ne comprenaient rien de ce que leur disait leur correspondante allemande ils arrivaient à communiquer. Le tout dit et ponctué de clins d'oeils. En regardant les chiffres féminins ça semble limpide : elles ont été plus honnête et avouent avoir embrassé deux ans plus tard car c'était UNE journaliste. Depuis, je ne lis plus ce journal. On peut tromper mille hommes ... on peut tromper mille adolescent une fois mais on ne m'aura pas une deuxième fois. Terminé! À la rigueur, je découperai les photos de Kurt Cobain mais je ne lirai plus ni les articles traitant d'orientation scolaire, ni l'autre moitié ou il y aura sûrement des trucs sur le planning familial ou d'autres stupidités du genre. C'est l'âge bête : j'ai le droit! J'ai le droit de refuser de manger de la soupe et le droit d'aimer Nirvana. NO SEX BUT DRUGS AND ROCK'N ROLL. Dans l'ensemble, les filles de ma classe n'aimaient pas vraiment Nirvana. Seule l'une d'elle était amoureuse de Kurt Cobain mais seulement parce qu'il était beau, riche et célèbre. Lofteur avant l'heure tant ses frasques étaient médiatisées, il devint l'objet facile des fantasmes adolescents. Mais comme ELLE était amoureuse de lui, j'avais décidé d'être lui. Ses cris de révoltes nous touchaient par les sonorités rauques et plaintives de sa voix rapée. Moi, malgré mes quatorze ans et mes mauvaises notes en aglais, je savais ce qu'il disait; j'étais comme lui. Influencé par ma cousine plus âgée, je devins grunge. Elle habitait en ville alors elle s'y connaissait. La méthode est simple: raper le jean, superposer les pulls, demander au coiffeur de ne pas me couper les cheveux cette fois-ci, y retourner lui demander une lotion capillaire pour avoir plus vite les cheveux aux épaules. Heureusement qu'on m'avait nourri de propangande antidrogue quelques années plus tôt sinon j'aurais été capable de demander à ma mère de m'acheter de l'héroïne. Ça me convenait la mode grunge : il n'y a pas de sexe apparent. On se drogue jusqu'à n'en plus pouvoir... et on ne peut pas. Donc on ne se la ramène pas avec des histoires érotiques à la Madonna et des corps body buildés façon boys-bands parce que bon on ne peut pas tout avoir. C'est une âme ou un corps. J'ai choisi. SCIENCE. J'ai choisi mais ça démange de plus en plus. Comment concilier sexe et Amour ? En quoi cette sensation agréable de thorax hanté et l'esprit tapissé d'un visage ont ils un rapport avec les morceaux de chair roses qu'on étudie en biologie, un trimestre après les roches volcaniques ? La reproduction sexuée des mammifères. Ça veut dire qu'on va apprendre à faire l'amour ? Eh bien non. On a planté un scalpel dans des testicules de rat. Appris comment le font les oiseaux. Observé du sperme de boeuf au microscope. C'était du boeuf parce que les spermatozoïdes ne bougeaient pas. Bref, on est parés pour ouvrir une arche de Noë mais bien mal barrés pour lui fabriquer un équipage. Comment on va faire ? Les maisons closes sont interdites, on n'a pas l'âge pour les revues scientifiques spécialisées et le bouche à oreille c'est oral mais peu fiable... Beaucoup d'interrogations. Des pages de théories. Un peu de pratique mais est ce que ça compte vraiment ? Heureusement que je ne tiens pas de journal intime parce que je n'ai rien à mettre dedans. J'aurais aimé, moi aussi, pondre des histoires torrides, humides et turgescentes comme sur le minitel.
LITTERATURE. Sur le clavier gris, j'ai tapé "3615 sexe", pour voir. Il ne s'est rien passé parce qu'avant il fallait décrocher le téléphone. Après avoir recommencé, j'ai eu accès à de fabuleux témoignages : "Mon mari part souvent en voyages d'affaires. Un jour, l'aîné de nos voisin, un adolescent timide me rend visite. Il voulait voir mon fils pour un problème de maths. Je sortais de la douche et n'avais qu'eu le temps de m'enrouler d'une serviette. Quand je lui ouvris, il fit tomber sa calculatrice en rougissant. Alors que je me penche pour la ramasser, je sens la serviette glisser et son regard farouche se jeter dans l'ouverture, etc..." En lisant ça, je me sentais encore plus seul. Mais j'apprenais. Un jour, moi aussi je mettrai mes témoignages à la disposition des apprentis. J'ai su plus tard que ces récits étaient faux. En plus, ça ne m'avait pas beaucoup avancé. Ça fait rêver, d'accord mais le rêve n'est qu'un brouillon de vie. LA BIBLE. Quelques années plus tard et un appareil dentaire en moins, j'ai pu mettre mon brouillon bouillonnant au propre. Le camping était moyen, mais le paysage semblait avoir signé un accord avec la liberté. J'étais dans le contrat! "Je soussigné Dieu, déclare par la présente, et au vu du taux anormalement élevé d'hormones contenu par le jeune "Les chants du trottoir", lui permettre de prendre l'apéritif avec ce groupe de jeunes inconnues. Il assumera seul les conséquences de ses actes. (...) Il reconnaît de plus avoir été informé de la présence saisonnière de mon adjoint Satan, responsable de la température du soleil, du taux d'acool des boissons fermentées, et de la forme des maillots de bains féminins (...) En connaissance de causes : ecce homo!" |
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Votre texte m'inspire
Ecrit par: Mirabelle Chardon () le 19-01-2008 18:37