| Ecrit par Emilie Loubere,
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Cette nouvelle a été commencée à l'âge de seize ans. Elle retrace les grandes lignes d'une femme-enfant traumatisée en pleine reconstruction par les mots. Ce récit mêle des mots crus et violents à des sentiments forts et inébranlables.
Témoin de papier 1. L’Enfant Qui crois-tu être avec ce visage d’enfant et ces rêves envahissants?Tu suffoques et augmentes le volume, la musique ronge ta mémoire, elle est la mort que tu es trop lâche pour affronter.Et d’où vient-il, ce terrible manque de confiance, que tu masques vilement derrière une hilarité à peine plausible ? Tu voudrais être un oiseau, qui vole, toujours plus haut, comme cette musique ahurissante qui elle aussi incarne ton suicide fantasmé.Mon Dieu c’est comme si m’exprimer, non me vider, expulser cet infect vomi d’angoisse et de mal-être, refusait le « je ».Ne pas admettre, la honte. Pourquoi…Ce mot me libère car il m’ouvre vers un infini de possibles…L’évidence voudrait que la réponse exigée par ce gigantesque adverbe soit le remède aux maux et aux lamentations de mon cœur trop lourd pour s’envoler avec l’oiseau. C’est comme si plus rien ne comptait, l’oubli, la chute macabre, bercent un anéantissement des désirs de cette faible et difficile condition humaine.Toujours le rêve cependant car son objet reste fictif, ainsi aucune crainte, aucune appréhension, et l’inconnu peut m’éblouir de sa splendeur imaginaire.Eux ne saisissent rien de l’enjeu accordé à mon enfer intime, cessez de croire que les passions m’indiffèrent, car je suis une éternelle amoureuse, et je supporte mon fardeau sans broncher.Enfermée dans une sphère matricielle que j’ai très peur de quitter.Pourtant, le choix de mon crâne fendu par de violents chocs contre un mur dépasse mes efforts de re-naissance.Et puis je ne veux pas grandir. Femme, jamais. « Ne jamais dire jamais », étrange adage qui ne m’extirpe pas l’ébauche d’un sourire. J’ai voulu maîtriser mon corps, et à deux reprises j’ai sombré dans l’anorexie, hélas mon mental résiste infailliblement. Mon beau corps m’effraie, ignorance absolue, existe-t-il une notice? Les échecs m’ont détruite, la reconstruction est lente, trop lente, insupportable, insurmontable!Dégénérescence de mon amour propre. Et les larmes abondent. Plus de mots pour comprendre. Un être est mort en moi. MORT. Alors que fais-je encore là? RêveJe vois des couleurs gaies et des formes envoûtantes.Je ne l’ai pas entendu car c’est dans un absolu silence qu’il me guette depuis quelque temps. Sa main sur mon visage suffit à m’imposer une parfaite docilité. Il veut me faire mal.Je craignais la douleur. Désormais je la sens pénétrer tout mon corps. Je me tais. Et mon cœur n’aimera plus. J’étouffe, je sanglote, je hurle intérieurement Je brûle. Brusquement, je soulève ma couverture et cherche un verre d’eau dans la pénombre. J’ai froid. A demi-nue sur le sol carrelé de la maison endormie, je m’empresse de boire et cours m’enfermer aux toilettes. Cette douleur…comme si mon cauchemar transcendait le réel. En pleurant mes intestins se vident bruyamment et la nausée me donne le vertige. Je cherche une image sur laquelle fixer mon attention afin d’atténuer ma douleur. Je choisis le noir, en me recroquevillant, les yeux clos, le visage froncé par la souffrance. Le sommeil s’ajoute à ma torture et je veux mourir.Corps décharné, subissant.Mon cas est différent: n’y aurait-il personne pour me saisir dans la passion née du rapport de force qu’il m’a inculquée? Il m’a tuée en dérobant mon unique trésor, mes sentiments intimes. En s’immisçant dans ma chair il a fait couler le sang et jaillir la folie. Souvenirs Seize ansJe me sens forte et invulnérable, je peux rire bruyamment sans craindre les railleries. Il y a de la dépression dans mon ébriété mais je l’ignore encore. Une certitude reste intacte dans mon égarement: ce soir il vivra avec mon désir.La fumée de ma cigarette affaiblit ma vue, j’ai gardé une part de sérieux pour le rejoindre dans la nuit. Une crampe prend naissance dans mon ventre mais je continue de boire généreusement. Je commence à perdre pied, mes lèvres se figent et la réalité s’éloigne peu à peu.Maintenant les autres m’effraient, je voudrais fuir bien que mes jambes ne répondent plus à mon cerveau dévasté. L’angoisse me noue la gorge. Etre une souris, une molécule…Un rire stupide et incontrôlable me prend, je désespère et la nausée rend mon corps définitivement indépendant de ma volonté. Je m’apprête à pleurer de tristesse derrière une apparence festive mais mon regard humide et presque aveugle perçoit des visages masculins partiellement masqués par une brume toxique. J’écoute les coups dans mon corps, je frissonne dans un soubresaut d’ivresse et je sais que je l’aime ce soir sans détour, cet insensible qui a éveillé mes sens. Je veux respirer son souffle et vivre avec lui. J’avance avec détermination, croyant à la force de mon ébriété. J’ignorais qu’il s’agissait simplement d’amour. La force du souvenir évoque en moi des sensations vivifiantes. Elle est mon radeau, mais pour combien de temps? Le soir où j’ai provoqué ma chute, où j’ai aboli le sens du mot confiance, où mon passé oublié et mon corps inconnu ont participé à ma fin, a jeté sur mon visage un triste voile et m’a figée dans une attitude somnambulique, m’attirant la haine ou l’exaspération. Et je me crois coupable! Devenue le pion d’un jeu où j’échoue sans cesse, avec ses mains il m’a balayée d’un seul geste et mes organes sexuels se sont resserrés dans la douleur. Je m’essouffle souvent dans une agitation d’angoisse, son visage dans ma tête me fait terriblement peur, je crains qu’il ne me possède comme il a pris ma chair. Le mal me ronge et il m’arrive de détester la vie au point que ma salive s’accumule dans ma bouche et je voudrais cracher sur ce qui me cause une souffrance et des blessures indélébiles.D’autres fois l’amour me soulève comme si j’étais un ange, là je peux toucher du doigt la mort, elle ne m’inquiète pas, elle me sourit, elle est belle.Les anges ne connaissent pas leur chance. Paralysée sur Terre et lourde d’un cœur amoureux, toujours insatisfait. Rien ne sépare la folie du désir. J’ai perdu une existence, mon assassin contemple avec envie mon lent et douloureux retour à la réalité. Pauvre enfant noyée dans ses rêves, sortiras-tu un jour de ton royaume d’utopie? Pleure mais fuis pour ton âme, car c’est l’enfer non l’amour qui te guette. En m’éveillant ce matin j’ai découvert un cadavre, un moi déchu et terne. La faim, insatiable et funèbre. Mourir pour de bon, j’ai dépassé les bornes du chagrin, je me détériore car tout me nuit. Un poids me serre la gorge, du vomi écœurant à en préférer la mort. Vider ce corps d’excréments et de salissure, la tristesse pèse dans ma chair de vieil enfant. Je me sens triste tout pleure en moi et je ne parviens pas à déchiffrer les messages de mon corps étranger. Je regarde le monde et n’y vois que du noir, je voudrais aller toujours plus haut pour mieux m’écraser ensuite. Voir une dernière fois les oiseaux dans le ciel prendre leur envol, dans une ultime illusion. Mourir ou rester une enfant. Mais il est trop tard pour renaître. Maman Elle a perdu du poids, trop de poids. On dirait une gamine. Je la regarde comme ma fille. C’est ma fille. J’entoure ses épaules trop étroites dans une étreinte affectueuse, mais son corps frêle reste froid et dur. Je retiens des larmes trop faciles pour ne pas la blesser. A quoi pense- t- elle, qui est-elle désormais pour moi qui ne comprend même plus la noirceur de son regard? Ma mère est-elle gentille aujourd’hui ou seulement compatissante? Je dois faire peine à voir mais au moins ici mon esprit se repose. Je me souviens des étés où mes projets me guidaient vers l’élévation positive, jamais vers la chute. J’ai dû être heureuse, bien que le bonheur ne soit qu’une abstraction difficilement définissable. J’éprouve un douloureux regret aux vues de ces groupes d’adolescents qui se dirigent joyeusement vers la plage. Mais j’apprécie tout de même la douceur de cette journée et continue à boire le mélange de sucre et de pomme glacée en prenant soin de garder mon regard fixé sur la plage, ma main posée sur celle de maman, sans savoir si ce geste symbolise l’affection, la complicité ou l’appel à l’aide. Dans ce miroir je lis du détestable et du superflu. Je palpe mes côtes jusqu’à en souffrir. Et ce visage, brouillé par la cigarette et les fonds de teint quotidiens. Mais le masque est inutile, je me hais. Je ne parviens pas à arracher cette enveloppe corporelle trop lourde, trop présente. Il me semble que j’étouffe dans un pot de graisse immonde, cela colle, pue et recouvre mon être comme si je me trouvais à l’état de larve, engloutissant toute sorte de substances lipidiques. Je ne sais pas vomir, je voudrais m’ouvrir le ventre et le vider de son poids envahissant pour n’en garder que l’ossature et l’âme. Il va me laisser sombrer, quelle cruauté. En dépit de la violence qu’il m’a inculquée mes yeux le cherchent constamment. Ce matin j’ai senti son désir au plus profond de mes entrailles et mon corps une nouvelle fois a fui l’emprise de ma conscience, dans une effusion de larmes j’ai voulu déchirer ma peau et contempler ma mort dans un bain de sang. De ma gorge irritée ne sort qu’un faible son brisé par des émotions trop vives pour mon esprit à demi mort. Souvenirs Je n’y parviendrai pas, mes intestins s’animent, mes oreilles sifflent, j’ai mal, trop mal, dans l’attente d’un drame inextricable. Plus rien à perdre ou tout à gagner, que sais-je? Je ressens juste le malheur, je vais défaillir d’angoisse et pleurer, vider mes tripes, car je ne m’aime et ne l’aime pas. Et lui me veut et sait qu’il peut me posséder. Il va me brûler vive, m’anéantir. Les minutes me blessent, je souffre à l’excès et ne comprends plus rien, incapable de réfléchir dans ce poison amoureux sans détour, j’en crèverai de honte. Il me possède encore et encore, je sombre dans un vertige d’ivresse de folie et de douleur. Douleur ? Mais j’ai honte surtout, de ce qu’il change en moi de ce nouvel être qu’il crée, de la femme en moi, celle qui reçoit son venin, tremblant sous la faute et pleurant comme une enfant. Mais il est trop tard, il s’est incrusté dans ma chair, mes sentiments se troublent, je veux dormir. Flotte, flotteDans le vent petite filleTes ailes On te les a voléesEt sur un nuage tu es restéeLongtemps puis tu as Sombré, plongé, nagéPleuré Où il est le bel angePendant que tu es briséeIl a filé, le petit angeIl a changé de petite fée. Tu es morte depuis longtemps,Rien qu’une ombre évadéePas de rêves pour celleQue l’ange a désiré. Maman Elle se voit laide et exprime physiquement les désordres de son âme. Sa peau est le théâtre de son massacre, son regard exprime une détresse satisfaite en même temps qu’un appel au calme. Je ne comprends pas son langage, je suis sourde à ses cris silencieux et ne me sens pas la force de la soutenir. Que ne dit-elle pas ou plutôt que dit-elle à travers ce corps ravagé par l’anorexie et les rougeurs maladives de sa peau d’enfant névrosée? Comment peut-elle se jouer ainsi de la vie? Dehors le ciel se déchaîne et la pluie se change peu à peu en grêle. Ma raison? Elle flambe et se noie, elle rougit et gèle, elle veut croire et perd confiance, elle rit et pleure, elle chante et a la gorge serrée. Je veux rêver ouvertement et garder mon enfance, malgré la violence des mots et des actes qui ont chagriné ma façon d’être et terni ma conception du monde. Les mots s’encombrent dans mon délire, je sens le monde autour de moi et pourtant je tends la main vers ma folie. L’amour est impossible, utopique, mais j’aime à dire que j’y crois. Je matérialise ce qu’il est possible de sauver, au fond j’ai dû briser trop de miroirs et mon image est ternie. Je ne vois qu’un reflet, celui que j’ai choisi de créer, émanant de souvenirs plus ou moins réels et conscients. Où est le mal dans mon erreur et vers qui se dirige-t-il? Des sentiments positifs engendrent la négation de ma liberté. Mais quelle liberté? Quel choix? Mon cœur décide et prend le pas sur ma raison, comme une vague emporte les algues échouées sur la plage. Le va-et-vient des flots rythme les hésitations de mon âme. Il suffirait d’un signe, même infinitésimal, pour ne plus m’engouffrer dans l’océan de mes pleurs. Je ne sais pas où tout ça me mène, mais je crois à un inconnu au parfum de chaos. Depuis le jour sinistre où mon amour-propre a défailli, le temps est synonyme de perdition, de régression mentale et de heurts familiaux. Si je me tais, ma peau parle pour moi, mon corps diminue ou au contraire s’amplifie, l’autodestruction prend le contrôle de ma vie. J’écoute de la musique aux échos profondément psychédéliques, besoin d’oublier, de recevoir en plein visage la lumière du présent, celle qui aveugle et qui accorde la naïveté du nouveau. J’ai un pied dans la tombe et une vue céleste, je voulais des ailes pour fuir le monde, maintenant j’aimerai qu’on m’arrache au ciel pour me faire jouir de la force humaine. Je m’interroge souvent sur mon avenir, en attendant je fuis dans les livres et cherche un ailleurs. J’aime les textes dont la langue est malléable, magique, personnelle et quelquefois indéfinissable à première lecture. Les grands auteurs ne me heurtent pas toujours comme y sont parvenus tant d’autres anonymes dont je ne garde parfois en mémoire que le titre, émouvant, expressif, noble. La splendide Apologie de la passivité m’a fascinée jusqu’aux larmes, il ne se trouvait guère de mot pour expliquer, c’était moi, dans une littérature qui ne m’appartenait pas. L’enfant plume que je n’appellerais pas témoignage mais Acte, car le déchirement y est suprême et l’anorexie toute puissante, la mère même ne peut rien devant les certitudes de l’enfant. Les auteurs tels que Beckett et Breton m’intriguent au-delà de l’admiration mais la passion littéraire ne vient pas. J’ai pleuré sur les lignes de La plaisanterie, Kundera m’a envoûté dans chacune de ses œuvres. Pourquoi? Je l’ignore peut-être. La danse des mots qui parlent et qui vous prennent aux tripes car ils ont ressuscité vos vieux démons. Etrange attachement aux lignes glissantes de pages si vite tournées mais dont quelques-unes unes restent longtemps imprimées dans la mémoire, presque au même titre que les souvenirs les plus cruels. Reconstruire ma vie et la saisir pour la modeler à loisir, quel rêve grotesque mais combien séduisant que celui de la résurrection par les livres. Je ne vis pas je lis.Devrai-je oublier le mal qu’il m’a fait? Je crains de ne pas y parvenir pour l’instant car dans les lignes toujours il apparaît tel un spectre. Ne suis-je moi-même qu’un fantôme? Peut-être n’y a-t-il pas de renaissance possible. Je cherche à oublier dans des actes qui n’en sont pas réellement car je reste tristement absente au monde comme s’il ne me concernait plus. Je crois que je m’ennuie ici peut-être est-ce ma faute, je ne fais pas d’effort et puis les autres ignorent ce qui m’est arrivé alors peut-être qu’en faisant comme si je cesserais de m‘ennuyer. Pour quoi faire? 2. La MortPeur de l’avenir que je n’ai pas vraiment choisi, et je respire encore comme si vivre allait de soi. J’aime les poissons, ceux qui vivent bien entendu et en liberté. Je pense que dans l’eau on est libre de mourir. Mais les poissons ne disposent pas d’une telle liberté. Ils sont prisonniers de leur environnement pour respirer. Petite, j’imaginais mes cendres qu’on verserait dans l’eau, je voulais découvrir l’éternité dans la crique d’une plage espagnole près de laquelle je pouvais me recueillir, défier la vie en sautant du plus haut rocher, regarder la plage ou ne rien voir que le fruit de mes désirs d’enfant. Ensuite je n’ai plus osé sauter. Puis je me suis écartée de la crique et j’ai oublié pour me préserver un peu de la décrépitude de mon enfance. J’ai craint la mer enfin, je ne peux plonger mon visage dans l’eau sans penser à la mort, je me sens si faible désormais chacun de mes pas semble se heurter à l’impossible avancée.Et que fait-on maintenant? Il y a l’ennui et sa tristesse, mais s’ennuyer n’est-ce pas ne plus penser donc ne plus souffrir? Finalement je ne connais pas l’ennui, je pourrais m’appliquer à l’envier mais je n’ai pas non plus la volonté de m’agiter inutilement ce que je souhaite au fond c’est la mort n’est-ce pas? Je mens même à mon psychiatre pour qu’on m’enterre avec mon passé. Lui affirme que je cherche l’amour, je l’avais trouvé maintenant je ne sais pas.. Folie Il existe encore et je crois qu’il m’a aperçue mais m’a-t-il seulement reconnue? Cela ne finit jamais.. Comment envisager une fin à vingt ans, alors que rien ne s’oublie tout respire en moi et la haine me fait vivre comme si j’étais l’héroïne d’un roman policier.Je devrais lire un peu pour me calmer mais je ne peux plus lire je veux crier je ne peux pas je tremble je voudrais tant de choses je suis enfermée je ne parviens pas à l’oublier je crois que j’ai dû l’aimer sans le savoir maintenant il m’est impossible de noyer le souvenir puisque finalement oui je l’ai aimé et j’en pleure et j’en crèverai oh! Ce visage ineffaçable le tableau n’est peut-être pas si noir je pourrais pardonner…Mais qu’est-ce qui me prend alors on oublie et on espère. On vit. On est aimé aussi mais sans savoir si c’est bien. Un an, le temps m’oppresseCela fait longtemps que je n’ai pas écrit. Pas eu de temps. Est-ce que j’ai perdu mon temps? Je ne sais pas, je me suis fondue dans mes études et j’ai envie d’en finir pour vivre. Enlever mon masque. Ah! La fameuse question se ressent maintenant: ai-je oublié? Oublier mais non pour quoi faire, pour garder le masque et imaginer la vie? Je prends sur moi, le temps se met à l’ouvrage. Et puis j’aime aussi, enfin je crois. Je n’ai pas eu vraiment l’occasion de m’interroger sur la force de mon amour car pour une fois on m’aime. Il m’aime. Et je l’aime. Nous nous aimons. Ca fait bizarre, ça change.Comme s’il n’y avait plus d’espace, je suis coincée ça me perturbe déjà comme un trou noir je suis coincée coincée il n’y a plus qu’à pleurer tout est de ma faute il faudrait m’enfermer ne plus penser à moi ne plus me regarder ne plus jamais me toucher oh! Non ne me touchez plus ou je m’en vais mais où au fait? J’avais promis de ne plus souhaiter la mort je me suis battue quand même!Je crois qu’il y a une grosse erreur dans ma petite vie.J’aurais dû continuer à le voir malgré tout ce qu’il m’a fait.Je suis sûre qu’il n’a pas changé.Je me sens stupide et lâche c’est insupportable.Je l’aime toujours. Par le souvenir. Parfois je me sens folle aussi c’est dur. Le temps fuit voilà un an d’amour avec un autre que lui. Je me sens perdue dans cet amour et mon comportement parfois ne doit pas paraître normal. On dit que je ne fais pas mon âge, je sais bien que j’ai l’air d’une enfant mais je dois quand même faire des choix et grandir. Que choisir lorsque la conscience douloureuse de ne bénéficier que d’une seule existence vous tiraille? Je vois que tout le monde vieillit autour de moi et moi-même ne peux reculer. Le courant sournois me fait glisser vers l’effrayante profondeur et jamais plus je n’aurai pied. La résignation est de mise, au même titre que la jouissance d’être au moins en vie. Vouloir mourir était une lubie enfantine, je me réjouis de comprendre maintenant que toute vie est précieuse. Quel égoïsme! Je me suis crue seule à souffrir tandis que le monde n’a cessé de pleurer.Je cherche trop souvent à comprendre. Mon premier amour, mes parents, mon amour actuel. Cela sans ordre linéaire, plutôt au gré de mes émotions. Je me demande ce qu’A. peut bien penser de moi, je m’interroge aussi sur ce qu’il est. Il me cache des détails de sa vie sans se rendre compte que de cette façon il augmente ma curiosité et me fait douter de sa sincérité. Je me suis livrée à lui et il n’y a rien que je ne puisse lui cacher. J’aimerais partager ma vie avec lui sans l’entrave du secret. C’est comme avec l’autre…Lui ne m’a rien dit de sa folie. Je ne pensais pas qu’il pourrait me violer. Je n’ai pas compris. Je l’ai aimé jusqu’à l’adoration, il n’y avait plus de limites. Peut-être que la souffrance était une solution mais aujourd’hui encore je ne sais pas.Le pire, ce sont ses messages incessants. Oui il a gardé mon numéro et j’ignore pourquoi il cherche à établir un lien si longtemps après. Alors je cherche du sens à tout ça. Et j’essaie d’avancer, en plus. Peut-être suis-je trop futile. Je ne comprends toujours rien à l’amour. J’aimerais le revoir tout en sachant que je serai déçue. Le revoir, pour compléter un drôle de puzzle où le vide se ressent pesamment. Depuis le décès brutal de ma grand-mère paternelle je crains le vide de la mort et réalise l’importance de la vie. J’apprends que j’aime beaucoup sans le savoir vraiment, mamie partie je comprends combien je l’aime et combien sont traîtres les regrets. Il est tard pour lui exprimer mes sentiments, alors de nombreuses larmes ont crié mon amour et ma tristesse. Je ne veux pas profiter bassement de la vie, je veux la savourer comme une gourmandise, c’est si fragile un cœur qui bat.Tout est important, la vie est inexplicable à mes yeux et la mort, elle, reste implacable et abrège les vains questionnements. Ma grand-mère me manque, où se trouve-t-elle au-delà de ce tombeau que j’ai regardé pleine de chagrin, la sachant dedans, la sachant cruellement dedans? La mort de nos proches est le pire mal qui puisse nous incomber et il nous incombe inévitablement dans notre petite vie.J’aime depuis mon viol et cela me réchauffe le cœur. C’est tout frais, je pense, cet amour fou et sûr qui comble ma vie. J’ai mis du temps à aimer comme cela, la peur de revoir l’autre persiste dans des regards qui je le sais ne me veulent que du mal. Sans A., je suis comme une petite fille qui a perdu sa mère dans un grand magasin: je n’ose plus avancer et les adultes m’effraient. Je suis grande maintenant, seule je me sens profondément vulnérable, c’est dans ses bras que je veux être même si sa protection n’est peut-être qu’une illusion. Lui aussi a besoin de moi, c’est difficile d’être une maman et une enfant en même temps mais me direz-vous, être une femme résoudrait le problème. Il est temps de grandir, pourtant je pense qu’à tout âge le merveilleux reste imprimé dans nos âmes. La mort. C’est aussi et peut-être essentiellement la mort des autres. L’homme que j’aime a perdu son père. Sombres circonstances. Il avait attendu cinq mois avant de me « présenter »ses parents. Tabou oblige. Toujours le non-dit et la honte qui me blessent tant de sa part. Je ne peux toujours pas accepter le secret, croyant qu’avec l’amour toutes les barrières se dissolvent. Nous allions chez ses grands- parents, dans la voiture il m’a dit Il y aura ma tante et mes parents. J’ai senti ma gorge se serrer. Je n’y croyais plus, en vérité. Cinq mois sans être jamais allée chez lui, sans avoir jamais vu leur visage à eux. Alors que lui faisait déjà partie de ma famille. Je croyais qu’il ne m’aimerait jamais vraiment. La voiture a ralenti. Un homme marchait le long de la petite route de campagne, près de la maison en construction cette maison encore à l’état d’ébauche et dans laquelle il n’aura finalement vécu que quatre mois. Un homme dans la cinquantaine, aux cheveux grisonnants, et qui m’a immédiatement semblé gentil, presque tendre. Je ne savais pas encore avec certitude de qui il s’agissait alors j’ai écouté leur conversation, j’ai été présentée. C’est le père de l’homme que j’aime. Nous repartons pour quelques mètres rejoindre le reste de la famille. Je veux garder cette image car elle est douce, je choisis celle là pour évincer les souvenirs lugubres de l’hôpital et du reste. Parfois on ne sait plus très bien où on en est, on croit que plus rien ne va mais en réalité c’est juste la vie qui nous parle et nous retire des êtres chers. Mon grand-père avait peur de la mort, elle a fini par vaincre, après un combat acharné où on ignorait finalement qui se battait de ma grand-mère ou de ce grand homme finissant. Bref, en regardant son corps j’ai vu un homme reposé et pas une mort atroce ou trop brutale, comme celle que j’ai découverte face au cadavre de mamie, j’aurais tant aimé lui parler encore, lui montrer d’autres choses. Il me reste ma grand-mère maternelle, mais c’est plus difficile. Et mon papi paternel. Plus délicat. Les mots viennent après. Seulement après. On grandit toujours trop tard. Ou trop à temps. De là à dire que la vie est injuste, il n’y a qu’un pas. Le plus douloureux est de constater la fuite du temps sur le visage de nos proches, sur nos raisonnements et nos vaines tentatives pour effacer ce fardeau. Profitons donc des moments heureux et n’hésitons pas à témoigner de notre amour, quand la personne s’en va, les regrets seuls accompagnent nos pleurs.Sur une des dernières photos de papi on peut voir sa belle main fatiguée, la même que j’ai regardé lorsque la vie a quitté son corps. Cette main, flétrie, éreintée, parfois s’anime sur quelques photographies, mais l’image dont je parle fait mal parce qu’elle dit la mort avant sa venue. Papi est mort le 18 avril 2007.Mamie s’est éteinte le 18 août 2006. Ses yeux ne fixent pas l’objectif. Il est visiblement las de la cérémonie, ce fut sa dernière cérémonie. Sans compter celle de son enterrement. Dans le train l’autre jour j’ai discuté avec une dame âgée et j’ai pensé à papi. En dînant à l’hôtel je me suis trouvée seule parmi une trentaine de septuagénaires, il y avait de nombreux hommes qui riaient et taquinaient les dames, avec un humour si proche de celui de mon grand-père que je me suis demandé si nous n’étions pas tous condamnés à la similitude.J’ai certainement échoué à l’oral de ce concours qui représente tout pour moi. Papi souhaitait que je réussisse dans la vie et moi je ne tolère pas l’échec. Pourtant il faudra peut-être s’y résigner pour un temps..Au fait, je l’ai revu. Après tant d’années, son visage me touche encore comme au premier jour. 3. L’amour Adulte? Oui, peut-être. J’apprends toujours. Mais j’enseigne aussi. J’ai réussi en fin de compte. Je ne dois pas être une trop mauvaise enseignante. Eux m’apprennent énormément et ils vont me manquer.Je vais encore grandir, mais un peu à contre cœur cette fois. Partir si loin, vers des « on dit » et la réputation, toujours la parole des autres.Mais qu’importe si mon fiancé me suit? Oui, bientôt mariée. Un peu tôt mais la vie fuit et ne nous offre que les marques du temps et la peur du vide éternel.J’écoute une musique vieille comme mon adolescence sublime et je me souviens des moments de tendre et dure complicité avec mon frère. Ces moments n’ont pas duré longtemps mais me permettent d’affirmer l’importance des liens familiaux.Comme le temps passe il est adulte et moi j’arrive en ramant mais trop sûrement. Cher frère, te souviens-tu des balades en forêt et des conversations sans tabou de nos après-midi oisifs? Tu étais si sensible et moi si adolescente. Drôle de couple! Je t’admirais avec tes nombreux défauts et je rêvais du prince charmant. J’ai bien longtemps cru le voir dans celui qui m’a fait le plus mal et que j’ai aimé comme jamais je ne pourrai aimer désormais. Folle de son regard et de son corps, mes désirs me perdaient. Je n’ai pas voulu connaître ses idées et me doutais trop de notre incompatibilité absolue, excepté dans l’attirance physique.Ses attouchements n’ont jamais pu franchir le seuil de mon intimité après la violence qu’il m’avait infligée.Les échecs de nos relations sexuelles semblaient inexplicables, en tout cas de mon côté. J’aurais tant sacrifié pour lui. Je pense qu’il le savait et dans mes rêves éveillés j’ose croire que c’est précisément pour cette raison qu’il n’a plus réussi à me pénétrer.Je reconnais pourtant le mal en lui et le dégoût qu’il doit m’inspirer.En mettant toute cette vie à distance, je peux dire ceci: il n’est qu’un monstre de prétention et d’égoïsme incapable d’aimer exclusivement et toujours insatisfait.Toujours à distance, je dirai que je suis une immature rêveuse et hypersensible désireuse d’absolu. Que feriez-vous si celui ou celle qui a fait vibrer chaque parcelle de votre âme et vous a rendu heureux par un seul regard ne vous aimait pas?Vous seriez peut-être comme moi, en train d’écrire. On a envie de pleurer, sept ans plus tard.L’amour existe. Combien de fois ai-je dansé nue dans ma chambre pleine d’un désir enivrant, le corps dégoulinant d’amour, les cheveux emmêlés follement et mes yeux te voyant presque réellement dans ma folie…Combien de fois me suis-je trouvée désirable et belle pour toi, alors que tu étais absent? Il m’arrivait de t’oublier puis un jour, un moment, une seconde, mes joues s’empourpraient tandis que mon cerveau dérangé se souvenait de ta désirable personne. Plusieurs fois le sort a voulu que peu après ces moments là tu reviennes et me rendes encore plus folle. Mon amour était condamné à ne jamais cesser.Tu m’as fait pleurer de nombreuses fois et au moment où j’écris, alors que je suis à deux pas de mon mariage avec l’homme de ma vie, me voilà sept ans en arrière prête à verser des larmes de chagrin: tu es le chagrin d’amour de ma vie. Je vais me marier. L’amour se consolide en rassurant deux personnes qui souhaitent rester exclusives l’une à l’autre.J’aime A.Toutes ces pensées virevoltent et se mêlent. Peut-être suis-je incompréhensible? Ecrire pourtant me permet de clarifier des événements trop lourds.Comme la probable dépression d’une mère veuve qui ne veut pas du mariage de son fils. Et encore moins de son départ.Elle m’en veut et je ne sais pas faire face.Il semble que notre mariage ne réjouisse guère les foules. Trop précipité!Et qu’en est-il de la liberté et de l’amour?Les gens qui refusent passivement (mais fermement et douloureusement) n’ont pas joui de notre liberté ou ne peuvent plus en disposer: ils n’ont pas notre métier, ils n’ont plus notre âge. Ils ne sont jamais partis ou ont déjà « tout fait... » Doit-on reproduire une vie que l’on abhorre? Soyons raisonnables! La vie est si courte!Les prétendus sages (eh! Oui, le bénéfice de l’âge) ressemblent plutôt à des fous lorsqu’ils nous demandent entre les mots de souffrir comme eux.JAMAIS!Et ceux qui aimeraient ne plus nous voir mais quand même, pour moins de tracas, souhaiteraient que l’on disparaisse sans cérémonie…Partir comme le vent et surtout ne laisser aucune trace, aucun souvenir…Ne pas s’aimer trop bruyamment..Ce qui émane de ces attitudes mi-hostiles mi-bienveillantes est notre souffrance. Mais leurs oreilles et leur âme s’avèrent sourdes à cela. : L’égoïsme de ceux qui nous traitent d’égoïstes. Je ne voulais pas que cette histoire empiète sur la vraie vie.J’appelle la vraie vie ce qui se déroule sous mes yeux et donc ce qui, à y regarder de plus près, n’est pas encore à distance, est trop brutal, suscite des réactions que l’on pourrait regretter.Qui sait peut-être reviendrai-je sur mes mots d’adulte- enfant plus tard.J’aime A.Nous vivons ensemble. « Vivre." Que représente ce verbe pour vous?Quelles images vous viendraient immédiatement à l’esprit si l’on vous annonçait votre mort imminente?Peut-être pas ce que je vis. Mais ce que je vis est appréciable et j’apprends à l’apprécier.Délicat et en vérité très douloureux au début.J’ai craqué, un peu. Cela aurait pu être pire. Le métier me change, m’enrichit, m’apprend. Et j’essaie de rendre la pareille à ces élèves que j’aime! Ces lignes, je « devais » les réserver à celui qui m’a violée. Mais je m’écarte, en sept ans, je n’ai pu tout dire.Alors je triche au présent, plus de souvenir. Pourtant il le faut, c’est-ce que je souhaite, non?Avez-vous connu un premier amour foudroyant? Vous me comprenez, ce n’est pas facile d’admettre. De dire.Dire, écrire, le pire.J. m’a violée et je l’ai aimé avec mes tripes. Il a usé mes nerfs et a façonné mon adolescence.J’aime maintenant mon mari, de tout mon cœur. Voilà que je triche encore.La vérité présente envahit celle de mon adolescence. 4. LuiIl ne veut pas tout me dire et mon orgueil est froissé par ce refus pourtant compréhensible.Une dispute au téléphone avec sa mère lui a arraché un soupir et un compliment. Il aime ma franchise, ma fierté s’en réjouit.Avec le temps je sais qu’il n’aime pas en parler, parfois il lâche un mot, une bribe de phrase, un bref aveu que j’écoute comme une révélation. J’ai appris à me taire et à ne pas le marteler de questions.Derrière moi il me déconcentre un peu et me fait rire. Il a peur de tout gâcher en ne lisant qu’un passage, il me promet qu’il lira tout, lui qui refuse d’ouvrir un grand livre!Beaucoup de lui dans ces lignes noires comme sa mère.Ses phrases sont dures et intolérables, elle refuse d’être aidée et me hait: je lui ai « volé » (ce mot m’écœure, me révolte, me violente, mais c’est elle qui croit cela, elle et sa campagne) son unique joie (elle ne cherche rien, comment pourrait-il en être autrement?), son fils.Voleuse, fonctionnaire, sans problèmes financiers, aimant les plaisirs matériels et profitant de la vie : j’incarne un vrai modèle de mépris pour cette femme obtuse et rustique.Il n’y a rien à faire, elle ne s’excusera pas, le prétexte accablant d’un âge où la remise en question ne peut plus être. Je reste froide et semble dure, même méchante. Pourtant on reconnaît son entêtement absurde et son pessimisme maladif.Mais jamais elle ne se laissera convaincre par un professionnel qu’elle méprise à tort. La campagne sous son plus triste jour. Je ne pense plus au mal que J. m’a fait et je souhaite ardemment être mère.C’est étrange comme les événements vous transforment. Maintenant on me donne bien plus que mon âge.Epanouie, pourtant. Les hommes me regardent, me flattent. Ces sourires, ces compliments me gênent. J’ai du mal à me reconnaître dans les rondes caressantes des paons, qui même mariés ne peuvent dissimuler leur envie.Je demande souvent à A. ce qu’il pense de ces attitudes. Il a peur même si son orgueil d’époux est ravi.Plus calme, plus sereine. La confiance me gagne peu à peu, comme un amour naissant. Comprendre notre faiblesse existentielle, le cauchemar de la mort qui de toute façon viendra nous emporter, voilà de quoi vouloir profiter de tout, des gens qu’on aime, des loisirs qui nous passionnent, de la culture toujours insatisfaite.Donner son amour, au travail, en famille, dans un livre, une peinture, une musique, une promenade, il faut en être fier.Que peut-on faire de plus beau?La mort je n’y ai pas toujours pensé. J’en étais même très loin. J’ai honte de m’apprêter à parler de tout cela. Difficile d’admettre encore une énorme faille. Un séisme. En même temps, comment aurai-je pu passer outre? Comme A., cette fille fait partie de ma vie et m’a influencée durant de longues années. 4. ElleJusqu’à quel âge suis-je restée dans l’ombre de celle que j’ai haïe ensuite?Quinze, seize ans?Elle si belle, et moi si laide..Elle si grande, moi si petite.Elle si blonde, moi, si brune.Elle si maigre, moi si ronde.Elle si parfaite et moi, petit têtard aux cheveux crépus cherchant par tous les moyens à lui ressembler.Je voulais être Elle. J’imitais sa voix, ses manières, j’enviais ses vêtements, sa chambre, sa vie, ses parents, sa sœur. J’appréhendais le jour où elle marcherait sur les podiums, dans toute sa maigreur.Une brindille, blonde, maniérée, mais un modèle pour ma petite personne complexée et influençable.Je croyais qu’elle me rendrait belle. Parfois, je me trouvais plus jolie qu’elle. Quel plaisir!Pourtant, je voyais bien que les regards masculins s’arrêtaient sur Elle et moi, je suivais au trot, ombre inutile, laquais de ma reine. Adolescente invisible.Nous étions les meilleures amies du monde. On l’est facilement à cet âge. On promet, on affirme et puis un jour, la clairvoyance frappe et on ne peut plus jamais retourner en arrière.La clairvoyance a été finalement progressive.Cela a commencé avec ses premiers amours. J’ai immédiatement été jalouse. Non parce que je voulais un petit ami comme Elle, mais parce que je la voulais pour moi et Elle m’échappait irrévocablement.Quand j’ai compris qu’Elle ne serait plus à moi (elle ne l’a jamais été en réalité, bien heureusement), j’ai voulu faire COMME ELLE. Comme Elle Je n’avais ni ses parents, ni ses biens, ni son corps. J’étais Moi et je commençais à comprendre.Les dernières vacances passées chez moi ont attisé ma haine et mon dégoût. Tout y est passé: de nos rythmes de vie aux moindres recoins de la maison, de notre ville minuscule et morte à nos loisirs futiles…Sa mère n’était pas innocente dans tout ça. Chez elle il fallait rire de mon père et se moquer de MA VIE. Il fallait rêver de Leur existence et haïr la mienne. C’est elle que j’ai finalement haïe. Les allers-retours jusqu’à la misérable cabine téléphonique du quartier pour appeler son petit ami d’alors, son premier amour semble-t-il, ont renforcé ma clairvoyance.C’était fini.Elle connaissait et abusait de son pouvoir de séduction. Madame se pavanait et son regard hautain devenait insupportable.Son maniérisme bourgeois m’écœurait.J’ai voulu me venger.Je me suis trompée. Bien que d’un an sa cadette, je souhaitais l‘égaler.Je me suis donc empressée de perdre ma virginité et de souffrir.Premier amour, premières folies, premières déchirures. Trop tard pour reculer: je me suis enfoncée.Mon premier chagrin d’amour passé, j’ai vogué, d’homme en homme, sans trop aimer, juste pour connaître les limites de ma séduction.On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.Puis j’ai dépassé celle que j’admirais. Des bêtises oui, mais en conservant un œil lucide sur ma scolarité. J’ai mené brillamment les deux fronts. J’ignore où j’en serais sans cela. Et au milieu de tout ça?Un homme, l’amour. Je l’avais rencontré en même temps que mon premier vrai flirt. J’avais quinze ans. Je le trouvais déjà très beau, j’ai longtemps cru n’être rien à ses yeux jusqu’au jour où il m’a complimentée. Je croyais qu’il aimait sa petite amie mais je me trompais une fois de plus. Il me voulait simplement. Et bien entendu, tout ceci était réciproque. A un sentiment près. Voyez-vous où je souhaiterais en venir? Nous allons bientôt joindre deux douloureux morceaux.Mon premier flirt m’a quittée, bien fait pour moi. Offerte aisément, n’oubliez pas que je devais perdre rapidement ma virginité pour « égaler » mon triste modèle.J’ai souffert, beaucoup. Pas une simple et tristement banale histoire d’adolescente. Les problèmes inintéressants pour un lecteur sensible précèdent souvent les drames. Je ne vous ennuierai pas longtemps.Adolescence sublime et erreurs ineffaçables. J’en aimais de toutes façons un autre. Il fallait désormais aller jusqu’au bout de mon désir. C’est à ce moment là que j’ai commencé à m’enivrer. Boire et perdre tout contrôle me donnait l’illusion du bonheur. J’ai honte aujourd’hui mais qu’importe? Je dois tout dire pour Lui, n’est-ce pas?Ai-je tort de me révéler ainsi? L’impression désagréable de l’innocenter me tourmente.La culpabilité, cruelle et moqueuse, me sourit. 5. Pas moiNon, pas moi. Encore une autre. Je ne vous l’ai pas présentée. Mon amie et ma compagne de débauche. Nous buvions et fumions ensemble. Je l’adorais.Concours d’ivresse et défilé dans les rues.Comme une grande sœur pour elle, mais quel modèle!!Elle était là.Elle n’a pas tout vu. Moi non plus.Elle a subi elle aussi. J’ignore comment elle a pu supporter ça. Elle n’aimait pas ses agresseurs, cela l’a peut-être endurcie.Quand j’ai su ce qui lui est arrivé, je suis tombée malade. Anorexique. Retourner en arrière. Non! Nous n’avons rien fait!Ses parents n’ont rien su. Les miens en ont appris suffisamment pour m’envoyer chez ma grand-mère. Heureusement, ils ignoraient ce que je raconte aujourd’hui. Ma petite sœur, mon amie. Nous étions ivres, complètement ivres.J’en dis trop.Ils en ont profité. Mais moi, j’étais réservée au chef de la bande.Elle n’a jamais porté plainte. Moi non plus. Elle veut un enfant.Elle y repense souvent. Elle dit que nous avons grandi ensemble, pour le meilleur et pour le pire. Mais la culpabilité est un fardeau inébranlable. L’avons-nous mérité ? Difficile de reconnaître notre impossible pureté. Que cherchions-nous au fond ? Une limite, un STOP final infranchissable, un coup de poing capable de nous projeter en arrière nous disant : « Où croyais-tu aller ? Regarde maintenant ce que tu as fait ! ».Oui, nous observons froidement nos actes et nous nous soulageons de constater notre réussite sociale.Tout n’est donc pas perdu. Mais qu’avons-nous gagné dans cette histoire ? Un souvenir atroce et marqué au fer. Nous ne sommes que des humains, après tout.La faiblesse de la femme qui a fauté. Toujours sa faute.D’un naturel révolté, je m’émeus pourtant peu de cette culpabilité féminineIncapable d’accuser.Est-ce qu’elle le pourrait ? Je n’ai jamais pensé à le lui demander. C’est sûrement de ma faute, je jouais le rôle du modèle, ma petite sœur n’avait qu’à suivre.Mais à seize ans un modèle reste une défaillance, une crise.Rire, aimer et séduire. Si aisé quand on possède la fraîcheur de jeunes fleurs pleines de la rosée de leur premier matin..Je comprends aujourd’hui pourquoi j’en suis arrivée là. Les souvenirs finissent toujours par révéler nos erreurs, mais elle, pourquoi m’a-t-elle suivie dans cette folie ?M’aurait-elle écoutée comme j’ai pu écouter mon ancien modèle ?Quelle tristesse ! Dans ces lignes étourdies qui m’abrutissent et font ressurgir les vilains démons, je n’avoue rien mais cherche à trouver un coupable.Ecrire et le temps défile sous mes yeux changeants. J’étais amoureuse, triste, révoltée,anorexique,complexée,folle ( ?),sérieuse,peureuse,solitaire,timide,rougissante,gênée,sérieuse,confiante,amoureuse,sensible,déprimée,confiante,……………heureuse ? Effrayée du temps qui passe,Toujours en quête de vérité. Vive l’écriture. Je n’ai que ces lignes pour thérapie et votre regard pour juge. Parler de ma petite sœur c’est quand même me raconter, je crois. J’accuse beaucoup. Elle s’est contentée de continuer. -A quoi ça sert, le français, M’dame ? Difficile de répondre à un enfant qui n’a pas encore été frappé par la passion de la langue.Je ne perds guère espoir.J’ai simplement envie de rétorquer que la vie en soi ne sert à rien, mais ils sont jeunes et je n’ai pas de solution. -A communiquer, et je suis là pour t’aider à exprimer tes moindres pensées et à parler un langage approprié en toutes circonstances. Quelle prétention !Ils sont à mille lieues d’une telle ambition et je me sens si démunie face à leur avenir.Pourquoi cette violence dans ces lieux d’apprentissage ?Pourquoi m’avoir violée alors qu’il aurait suffi de m’aimer ?Il n’y a pas de réponse.Pourquoi écrire cela sept ans après ?Allez chercher la cause de toute vie ; vous aurez alors la réponse. Le pas vers l’illusion d’être aimée.Le geste qu’on attend et qui prouverait le désir de l’autre.Pourquoi chercher le désir d’autrui ? Pourquoi maintenant ? N’ai-je pas tout montré en me mariant et en vivant un amour pur et puissant ?Je vis dans le regard de personnes qui n’ont aucune raison de souhaiter me regarder. Je cherche l’impossible encore aujourd’hui, moi qui à seize ans cherchais à innocenter mon violeur dans cette même déraison enfantine.Je n’ai rien compris. Je veux encore me piquer à la rose du désir et souffrir dans la lucidité d’un impossible geste.Déchirements et va-et-vient inépuisables, de l’incompréhension à la souffrance, entre deux gouttes de plaisir et de joie je rame et je souris. SouvenirsLa nausée va bientôt me gagner, je dois vomir. Il faut tout vomir. Il m’a ramenée en ville et s’est assis à côté de moi, dans une petite galerie commerçante déserte. Il attend. Quoi ?Ah! Oui. Je vomis. J’ignore ce qui se passe autour de moi mais je m’en moque bien à cet instant.Tout virevolte et des bourdonnements me rongent et m’assomment. Il essuie ma salissure. Il nettoie et je perçois un sourire alors qu’il œuvre ainsi près de moi.Il me demande comment joindre mes parents. Mes parents ? Quelle folie ! Alors je suis prise au piège, bien incapable quoi qu’il arrive de rentrer à pieds. Prendre un bus pleine de vomi, la honte.. Je me résigne accablée de fatigue. -A quoi elle ressemble, ta mère ? Quel âge elle a ? -Oh, elle est vieille, quarante… Il a prétendu que j’avais mangé un sandwich probablement avarié. Cette excuse n’est bonne qu’au téléphone. Maman arrive et sait. Sa fille est saoule. Sa fille est folle. Maman ne sait pas le reste. Ne saura pas le reste. Ne saura pas que le jeune homme « charmant » qui l’a appelée est celui qui a violé sa fille. Ne sait même pas que sa fille a été agressée. Il a fallu aller chez le médecin ensuite. J’ai sali mes draps et me suis endormie sur ma chauffeuse, elle aussi finalement souillée. Nettoyer, affronter le regard de mes parents, de mon frère. Dire quelque chose au médecin. -Tu fumes E… ? -………… Maman est à côté. Je fais finalement « oui » de la tête. Il fait alors allusion à d’autres cigarettes. Me confier à cet adulte responsable ? C’est dur. -Est-ce qu’on t’a violentée ? -Non. Premier mensonge. -Etais-tu seule à boire ? -Oui. Et de deux. En quelques secondes, j’ai tout perdu. J’aurais pu alors donner son nom, dire ce qu’il m’avait fait et ce que ses amis avaient sûrement fait subir à ma petite sœur. Mais non, il ne s’est rien passé et j’ai gardé mon secret puis celui de mon amie, dans la souffrance et la culpabilité. La musique qui passait alors dans la galerie, l’odeur de pâtisserie, de nid d’abeille même, qui embaumait l’endroit, la fraîcheur des lieux qui contrastait nettement avec la chaleur estivale environnante, ces éléments, futiles en apparence mais incroyablement puissants tant le souvenir qu’ils font revivre est intense, viennent encore me hanter et me bouleversent indubitablement. J’ai noyé ce viol dans l’amour, croyant pouvoir ainsi oublier le mal qu’il m’avait fait. J’ai souhaité être aimée d’un monstre pour changer un acte odieux en désir amoureux. Naïve, beaucoup. Je me suis trompée des années durant et j’ai aimé pour ne pas admettre. Ce n’était pas un viol, non. Ma sœur a souffert, moi, ce n’était rien. Je l’avais bien cherché, pas elle. J’ai souffert d’anorexie ensuite, pas elle. J’étais trop fragile, elle a tenu la route. Rire moqueur, jaune. Ses parents n’ont pas su. Les miens m’ont vue saoule en plein après-midi. Le regard des proches est essentiel, même si à l’époque je refusais de le reconnaître. Adolescente contrariante mais jamais insensible, je cherchais l’amour ailleurs et voulais montrer ma grâce. Et quelle grâce ! Moi Ils m’ont envoyée passer quelques temps chez ma grand-mère. Punition révoltante à mes yeux, mais la distance était devenue nécessaire. Eviter le conflit entamé pour éteindre la colère, évincer les récidives possibles. A seize ans, les erreurs s’entassent comme les fleurs au printemps. On pleure beaucoup, à seize ans. J’ai peut-être versé plus de larmes que d’autres. Surtout là-bas. Loin de ma sœur et de celui que j’avais à tord protégé, je souffrais en silence et cherchais par tous les moyens à maigrir. Maigrir vite. Dormir peu, épuisée par les pleurs dans le noir de la chambre, bercée par les voix de la radio qui ne quittait plus mes soirées. Manger le moins possible, marcher, marcher, se réfugier souvent au fond du jardin, et observer le ciel avec envie, au rythme des va-et-vient de la balançoire. C’est durant cette période que j’ai souhaité mourir. Vraiment. Plus personne pour m’aider. Me comprendre ? Même ma sœur ne le pouvait. Mon regard rêvait et chaque oiseau au-dessus de moi provoquait un délire suicidaire. Les rejoindre dans le ciel bleu de cet été tragique. Leur légèreté, leur liberté, la beauté de leur envol, me laissaient un goût amer et la gorge serrée. Les angoisses, nombreuses, s’entassaient dans mon corps décharné. De l’eczéma longeait mes bras pour dire ce que jamais je n’avais révélé. Aucun remède n’est parvenu à me libérer de ces rougeurs maladives. Ma grand-mère feignait de ne pas voir mes yeux gonflés de larmes et ma maigreur soudaine. J’en voulais terriblement à son désintéressement et demeurais dans un mutisme absolu. Pas question de parler aux adultes. J’étais de nouveau une enfant. L’aménorrhée rassurait mes désirs de régression. En même temps, je savais que l’enfant d’autrefois n’était plus. Il y avait eu trop de brutalités, trop d’injures et de déceptions, le rêve n’était plus. Au collège, on se moquait. Il fallait être comme tout le monde, riche (les plaisirs des établissements privés catholiques m’ont donné par la suite envie d’enseigner dans des collèges publics, plus vrais à mes yeux, même s’ils n’échappent pas à la barbarie de l’âge ingrat.), porter des vêtements hors de prix et terriblement conformistes, faire du surf ou de l’équitation et avoir une belle piscine pour inviter la bourgeoisie à la belle saison. Je ne faisais pas partie du beau monde et ai souffert, comme de nombreux pré- adolescents, de railleries et d’insultes quotidiennes, certains allaient même jusqu’à me harceler devant chez moi pour mieux m’atteindre et me blesser. Les blessures ont mis des années à cicatriser. La « libération » de mon esprit ravagé par les complexes et le doute se fit au lycée, au prix d’un rejet catégorique et cruel de l’amour paternel. Pourtant, à y regarder de près, l’enfance fut mon plus sûr radeau. J’ai eu la chance de me sentir aimée et protégée au point de pouvoir rêver librement et innocemment à un monde éternel baigné de magie et de tendresse. J’espère pouvoir offrir une telle féerie à mes enfants, au moins pendant leurs premières années. Cette féerie, j’aurais aimé y retourner cet été là. Aujourd’hui les sites de rencontres se multiplient et on peut retrouver aisément les personnes effacées. Ainsi je replonge sans aucun contrôle dans un passé que j’avais tenté de détruire. Le recul et l’assurance me permettent d’affirmer mon identité et d’exprimer ma fierté. Oui, j’aime ce que je suis devenue. Et bien sûr je tenais à le lui montrer. Comme un emprisonnement, une toile se referme sur ma faiblesse humaine. Je ne résiste pas et veux tout savoir : Qu’est-il devenu ? Est-il en couple ? Un jeu dangereux me surprend à bientôt vingt quatre ans. L’amour a fait renaître une lueur dans mon cœur. L’amour passé bien sûr. Mais l’amour tenace, impitoyable, trop curieux et jaloux. L’amour incompréhensible et inadmissible. Toujours ce malaise à rester faible dans un monde où une telle tare est fatale. Tentant de me débarrasser d’antidépresseurs depuis trop longtemps ingurgités plus ou moins contre mon gré, je sens la vie se dérober sous mes pas et le sol trembler devant mon peu d’assurance : choisir d’être définitivement optimiste ou plonger la tête dans l’eau bouillante. L’eau des secrets, du désir, de la haine. Vivre et grandir. Pas le choix. |
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Écriture de la souffrance
Ecrit par: ferdi () le 04-05-2010 20:57