Thibault vient de passer sa première journée au collège. L’ "entrée" en sixième ! Une porte ouverte sur une vie nouvelle ! Thibault se sent autre, "neuf". Follement enthousiaste, il bouillonne de nouveaux désirs, de nouvelles aspirations. Il n’en dit rien à personne, ni à ses parents, ni aux copains. C’est à lui, c’est lui.
Monsieur D., leur professeur de français, leur propose d’écrire un petit texte : "Racontez un épisode marquant de vos vacances". Sitôt rentré, Thibault se met au travail. Mais que pourrait-il bien raconter ? Ses vacances, il les a passées au cœur du Massif Central, entre ses grands parents, Alex, son copain qui, lui, habite le village toute l’année, les vaches et les chiens. Assis à sa table de travail, devant sa fenêtre, Thibault a le regard dans le vague, perdu dans le ciel parisien, sombre à ce moment là, menaçant, et pourtant si beau, si mouvant…
"Poussez-vous de là, petiots, sortez-vous du chemin, laissez passer le troupeau." Thibault et Alex courent, au risque d’effrayer les bêtes. Vite, ils grimpent dans le merisier, là-bas, au bout du champ. Armés de leurs frondes, bien cachés dans le feuillage, ils visent la fontaine. C’est à celui qui mettra sa pierre dans l’abreuvoir.
Tendus, concentrés, silencieux, ils visent, tendent leur élastique, et, d’un geste précis et rapide, lâchent prise. Les pierres sifflent dans l’air et atteignent … le derrière du vieux fermier alors qu’il arrivait faire boire ses bêtes.
Hors de lui, celui-ci brandit sa canne, menace les cieux, ne voyant personne aux alentours. Sa canne dessine des arabesques de plus en plus rapides dans les airs. Les vaches, comme si elles avaient été touchées elles aussi, entament une folle équipée, une farandole endiablée. Elles meuglent à fendre l’âme. Les chiens se mettent de la partie, leur répondent en hurlements sinistres : concert effroyable.
Thibault est fasciné par le spectacle. Il ne reconnaît plus le visage du vieux fermier. Parfois il s’allonge, puis, subitement, s’aplatit. Les vaches grossissent pour se confondrent rapidement en une énorme masse sombre. Le troupeau n’est plus qu’une houle inquiétante. Les bras, les jambes du fermier jettent des éclairs de colère, ponctués des cris rauques et puissants des bêtes. Thibault est pétrifié. Il entend le vieux crier son nom, de plus en plus impatiemment. Comment sait-il que c’est lui qui a tiré ? Il n’ose plus bouger !
La porte de sa chambre s’ouvre un peu brusquement. " Mais enfin, Thibault, à table ! Cela fait un bon moment que je t’appelle. Que fais-tu ? " lui dit sa mère.
Peu à peu, le vent pousse les nuages vers d’autres rêves.
la vache...
Ecrit par: Aline () le 24-11-2009 20:27