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Le chat

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04-03-2010
Dernière mise à jour : ( 07-03-2010 )
 

Ecrit par Emilie L,


Un chat et une mouche qui a tout vu.

Il avance à pas de velours vers un mets inconnu.

Ce spectre noir et blanc est doux comme un oreiller et affectueux comme une mère.

Ni trop dodu, ni trop sec. Un fantôme tranquille se dirigeant nonchalamment vers son déjeuner inhabituel.

Sur son chemin il rencontre une petite chose volante. Il la guette, la suit, tente une approche de chasseur acharné et convaincu de sa réussite à venir.

D’une griffe acérée, la bête aux couleurs du Bien et du Mal essaie de s’emparer de la mouche impromptue. C’est le combat de David contre Goliath. Mais la lutte ne dure guère, la chose se fixe au plafond et ses yeux innombrables observent son agresseur d’un air moqueur.

Il attend, se pose sur le carrelage encore froid  et contemple cet être ridicule, laid, insignifiant, mais volant. Il veut l’attraper, la tuer. Boule de poils sanguinaire et sadique.

Ses pupilles dilatées ne se détachent plus de cette chose immonde et inutile. Mais il est fatigué et finit par se lasser de la mouche, dans un bâillement indiscret laissant voir ses dents de vampire.

Un étirement parcourt son petit corps de diablotin, depuis le bout de ses coussinets avant jusqu’à la pointe de sa queue de démon.

Une gêne l’envahit soudain, juste au creux de son oreille. Dans un sursaut fugace et inattendu, sa  patte avant droite se jette sur l’oreille et la débarrasse de l’intrus invisible.

Si la mouche avait été un être humain, elle aurait pu voir alors le tatouage situé dans l’oreille de son prédateur. Elle aurait alors compris que cet être abominable appartenait à l’autre.

Mais ce n’est qu’un insecte volant, qui vient d’échapper au coup mortel d’un félin sans scrupule.

 

Quelques minutes plus tôt, l’insecte miniature ne se trouvait pas dans la cuisine. Coincée depuis la tombée de la nuit dans cet endroit clos et étouffant, la mouche avait cru bien faire en filant vers la lumière bleutée. Mais en voulant retourner sur ses ailes, elle s’est trouvée confrontée à une réalité tout autre que celle escomptée : l’extérieur visible mais dur, incassable, infranchissable. Elle a tout tenté, elle a survolé le moindre recoin de cette chose invisible sans succès. L’extérieur, la liberté se trouvait devant elle mais inaccessible. Coincée.

Alors elle a bourdonné tant et plus et a volé un peu partout dans la pièce bleutée. Elle a repéré la source de son erreur : une ampoule trompeuse et brûlante. Elle s’y est presque cramé les ailes, à vouloir l’approcher de trop près.

Epuisée, au bord du gouffre, la mouche s’est posée sur quelque chose de dur et tiède. Elle s’est assoupie, mais rapidement un geste immense a failli l’emporter. La couverture, l’incroyable couette blanche et rouge est tombée sur elle comme pour l’assassiner en plein sommeil.

Elle a filé au plafond et a attendu.

 

Du bruit. Un son sourd, un cri étouffé.

Encore un être humain, sans doute. De loin, la couverture ne l’effraie plus. Ca bouge et ça retombe. L’humain dort, peut-être. Rêve. Ou pas.

Et puis d’un coup tout s’arrête, c’est le repos du guerrier. Plus un bruit, la couette demeure immobile et tranquille. Plus un souffle. La nuit, dans tout son calme.

L’humain a laissé la lumière. L’insecte devra veiller à ne plus s’en approcher, s’il ne souhaite pas finir en grillade. Un filet d’air froid passe dans la pièce, un bruit de porte claquée et enfin le retour au calme.

 

Le monstre à poils blancs et noirs a cessé sa toilette pour se diriger paisiblement vers son plat, affectueusement et traditionnellement placé par sa maîtresse à deux pas de sa litière. Bizarre.

Il renifle, inspecte, s’approche. C’est rouge. Du saumon ? De la viande crue ? Une nouvelle marque de boulettes ?

Le félin ne touchera pas une miette de cet étrange repas. Il se détourne du plat et repart tranquillement, seul le bruit de ses pattes sur le parquet trouble le calme de cette matinée d’hiver.

Il a faim et envisage d’aller réveiller sa maîtresse, pour obtenir ce qu’il veut : des croquettes, du lait écrémé et deux ou trois caresses sur son dos souple et rond.

D’un bond le voilà sur le lit. L’énorme couette moelleuse et douce le tente. Il s’assoupirait presque. Mais la faim le tenaille. Il s’approche en levant les pattes qui s’écrasent ensuite dans la couverture et reconnaît l’odeur familière de sa maîtresse.

Il ronronne, bouge, tourne, s’étire, se gratte. Elle dort profondément.

Déterminé à l’éveiller, il saute du lit, et fait ses griffes sur le tapis en insistant longuement pour attiser l’ouïe d’habitude si fine de l’humaine. Pas un bruit.

 

Tant pis, il retourne à la cuisine. Cette fois, il observe d’un peu plus près le contenu de son repas matinal, après tout, c’est peut-être mangeable.

Mais non, c’est écœurant. La mouche est toujours au plafond.

Elle n’est pas humaine, mais c’est un témoin essentiel ce matin. Elle seule aurait pu comprendre pourquoi du sang d’humain se trouve dans le plat du félin sadique.

Elle seule aurait pu dire que cette couette rouge et blanche, ce cri étouffé, ne traduisait en rien le sommeil paisible d’une jeune femme.

 

Lumière dans la cuisine. C’est lui.

Il travaille de nuit et a apporté des croissants pour son épouse qui commence à huit heures. Horaires décalés mais ils s’aiment ainsi depuis trois ans. Epuisé, il aperçoit à peine le chat mais ne lui laisse pas le temps de venir se frotter contre ses jambes. Il dépose un à un ses vêtements sans regarder autour de lui et va mécaniquement dans sa chambre, prêt à s’endormir dans la seconde. Sa femme doit se doucher, elle viendra déposer un baiser sur sa joue endormie et il la reverra ce soir. Mais la nuit a été trop difficile et il n’a guère la force d’aller la taquiner dans la salle de bain, comme cela lui arrive parfois.

 

Le chat bâille de faim cette fois et miaule dans un sursaut d’impatience. Mais son miaulement est immédiatement couvert par un hurlement effroyable, un cri masculin sans pudeur, qui hérisse ses poils et le fait fuir sur une chaise de la table à manger.

 

Des policiers, des hommes en blanc. Sa maîtresse sur une civière laisse des gouttes de sang sur le parquet. Assassinée.

Amant jaloux, psychopathe, cambrioleur sadique ? Le chat ne saura jamais. Mais ce matin, il ne mangera pas.

 
   

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Intéressant

Ecrit par: Framboise () le 01-05-2010 07:34

Intéressant

Ecrit par: Framboise le 01-05-2010 07:34

Oui, il y a "de la chute" ! Le chat et la mouche sont bien décrits aussi. Mais je n'ai pas trop aimé les allusions Bien/Mal, David/Goliath, je trouve que ça alourdit. En tout cas, un travail intéressant sur les points de vue...

 

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la mouche

Ecrit par: ferdi () le 11-03-2010 16:08

la mouche

Ecrit par: ferdi le 11-03-2010 16:08

Agathe, je ne veux pas répondre à la place d'Émilie, mais votre question a fait émerger une hypothèse: 
les mouches sont attirées par les cadavres. Ce serait un indice de plus.

 

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Le chat

Ecrit par: AGATHE () le 11-03-2010 15:56

Le chat

Ecrit par: AGATHE le 11-03-2010 15:56

Est ce que la présence de la mouche est vraiment nécessaire ? 
J'aime beaucoup cette douce avancée vers un résultant sanglant et cinglant à la fois.

 

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Surprenant

Ecrit par: Éric () le 11-03-2010 03:40

Surprenant

Ecrit par: Éric le 11-03-2010 03:40

J'ai eu un peu de difficulté à rentrer dans le récit, peut être le style d'écriture, les tournures de phrase, bref, arrivé à la moitié j'ai commencé à m'intéressé au chat, à son comportement par rapport à l'humain et j'avoue que je ne m'attendais pas à la fin. 
Il est vrai qu'en le relisant j'y ai vu des allusions....

 

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Maîtrise

Ecrit par: ferdi () le 08-03-2010 18:18

Maîtrise

Ecrit par: ferdi le 08-03-2010 18:18

Je me croyais dans un conte animalier avec pour personnages une mouche et un chat. 
Mais la chute donne une réalité toute différente, terrifiante. 
Je relis et trouve des indices annonçant le dénouement. 
Le récit est parfaitement maîtrisé.

 

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