| Ecrit par Hainaut Michèle,
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Je ne sais pas quel genre lui accorder...J'ai écrit cette nouvelle un dimanche où j'étais seule et pas très gaie.C'est venu sans que je l'ai même pensé!(en tout cas consciemment pensé!)Elle fait allusion à une époque qui me fait peur et m'angoisse beaucoup quand j'y pense.
Le village semblait désert mais ELLE ne s’en étonna pas outre mesure parce que c’était dimanche. Comme elle ne savait trop à quoi s’occuper, et qu’il faisait beau, elle avait décidé d’aller se promener sans but ; elle avait pris sa voiture et elle roulait depuis peut-être vingt minutes quand elle avait vu le panneau : Maison à vendre ». Non qu’elle en cherche vraiment une-elle n’en a pas les moyens- mais elle adore visiter les vieilles maisons et, vu l’endroit où elle se trouvait, cette maison ne devait sans doute pas être du style « villa avec piscine » ! Elle avait donc suivi la direction indiquée et s’était retrouvée dans un vieux village avec son orme sur la place de l’église, son clocher qui aurait mérité réparation, son coq un peu penché et son cimetière au portail rouillé. Elle eut le choix pour garer sa voiture (quelle merveille ! choisir où se garer , ne pas payer…Elle avait oublié que cela pût encore exister.), descendit et alla s’asseoir sur le banc de bois mangé de mousse qui flanquait le pied de l’orme, l’enserrant comme un collier. Il était quatre heure de l’après midi, le soleil avait presque disparu et soudain elle eut froid. Personne à qui demander où se trouvait la maison à vendre, pas même un petit bar où boire un café. Elle rejoignit sa voiture ; il faisait quand même moins froid à l’intérieur ! Au moins j’aurai pris l’air pensa-t-elle, un peu déçue malgré tout de ne pas avoir pu assouvir sa gourmandise (oui une maison se savoure, lentement, précautionneusement, comme le plat le plus fin, comme un mets rare ! ). Elle mit le contact. Mais sa Juliette (c’était une habitude chez elle de donner des noms à ses objets familiers) refusa obstinément de démarrer. -Bravo ! En panne dans ce bled, sans un garage à des lieues à la ronde ! enfin, heureusement, j’ai pris mon portable. Je vais appeler mon garagiste préféré. -mais ? Qu’est-ce que….. Avant qu’elle ait pu esquisser le moindre geste, un groupe pour le moins étonnant avait envahi la place. Etonnant parce que tous étaient vêtus d’une manière bien particulière : ce qu’elle vit d’abord ce furent des vagues…brunes, noires et vertes. Puis elle perçut l’ordre ; la vague brune venait d’abord, puis la verte, puis la noire. La première vague était celle des soldats, la deuxième celle de femmes jeunes- pas plus de quarante ans pour les plus âgées- et la dernière tous les autres. Elle se demanda qui avait fait ce choix et pourquoi ! Le groupe ondoyant et silencieux se dirigeait vers l’église dont la porte s’ouvrit violemment sous les coups d’un soldat, et tous disparurent dans ce trou béant d’où aucune lumière ne filtrait. Elle se sentait perdue ; elle ne comprenait pas ce qui se passait, elle avait peur. Et Juliette qui refusait toujours de démarrer ! Combien de temps le groupe resta-t-il enfermé là elle n’aurait su le dire. Quand enfin la porte se rouvrit ce fut pour un ballet macabre…La vague noire se scinda en deux pour s’aligner de chaque côté des marches et s’immobiliser. Un corbillard tiré par deux soldats sortit lentement et vint s’arrêter devant la grille du cimetière. Toutes les jeunes femmes en vert gisaient sur le plancher, grotesquement enchevêtrées les unes dans les autres. Cette fois les deux vagues reconstituées pénétrèrent dans le cimetière à la suite du corbillard et la grille se referma. Atterrée Elle n’osait plus bouger, ni même essayer de faire démarrer Juliette. Mais quand le groupe – amputé de sa vague la plus chatoyante- sortit du cimetière il ne fit aucunement attention à elle ; comme si une voiture dans ce village, sur cette place déserte, ne les troublait pas dans leur terrible besogne. Elle fut encore un long moment après que la vague eut disparu au détour d’une petite rue, avant de pouvoir reprendre ses esprits. Mon dieu ce n’est pas possible, j’ai fait un cauchemar ! Il faut que j’aille voir, il faut… Et elle suivit à son tour le chemin du groupe. Le cimetière n’était pas très grand, il devait avoir tout au plus une cinquantaine de tombes. Et tout au fond, contre un mur un peu penché, aux pierres disjointes, une pierre surmontée d’une croix. Elle s’approcha, le corps noué, raide, douloureux, la nausée au bord des lèvres. Mais il n’y avait plus que les robes vertes a demi recouvertes de terre. Rien d’autre. Elle fit demi tour, rejoignit en toute hâte Juliette qui cette fois démarra promptement, et reprit la nationale 66. Il faut que je trouve le nom de ce village, se dit-elle, il faut que je sache. Et à cet instant elle vit le panneau de sortie…Un trait rouge semblait rayer « Vertnadieu » du monde des vivants. De retour chez elle, elle se précipita sur son encyclopédie et chercha Vertnadieu. Ce qu’elle trouva la laissa perplexe. Vertnadieu était en effet un petit village mais il avait complètement disparu depuis la fin de la guerre 39-40.Il n’en restait qu’une statue sur une place vide…Une vierge verte en hommage aux jeunes femmes que les nazis avaient obligées à faire la fête avec eux, toutes revêtues d’une robe verte, avant de les violer et de les tuer. Elle décida de retourner sur les lieux dès le lendemain. Mais elle ne put jamais revoir ce qu’elle avait vu ce jour là. Sur la place il n’y avait plus d’orme, plus d’église et plus de cimetière ; plus de rues ni de maisons. Rien qu’une place déserte et une statue verte…ou était-elle mangée par la mousse ? Vertnadieu n’existait plus depuis ce jour atroce qui avait fini dans le feu. Mais elle avait vécu sa tragédie soixante deux ans plus tard. LES ROBES VERTES |
texte primé
Ecrit par: MATHI=U () le 15-12-2009 20:54