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Petite leçon de savoir vivre (2)

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12-12-2008
Dernière mise à jour : ( 12-12-2008 )
 

Ecrit par Les chants du trottoir,


Deuxième publication par l'administration de ce site suite à des demandes des rédacteurs (non visible à l'écran)
dimanche 13 octobre


Que celui qui n'a jamais souhaité la mort d'un être humain me jette la première pierre. Bon, ceux d'entre vous qui l'ont fait, vous aurez peut-être plus de difficultés... Mais les autres, oui: vous! Ça vous démange de tuer votre collègue, votre femme, vos enfants, vos parents, votre patron, votre garagiste. Ça en ferait un paquet de cadavres si tout le monde s'y mettait. Et si les tueurs à gage baissaient leurs tarifs, faisaient de la pub sur le net et disposaient comme les médecins d'une association agréée pour encaisser les chèques : vous vous laisseriez tenter? La société nous dresse les uns contre les autres: compétition, concurrence, classement, hiérarchie. Il fallait bien qu'un jour on aborde plus franchement les choses...

Voilà pourquoi j'ai monté ma petite entreprise. Si je suis fou? C'est possible. Mais on ne me l'a jamais reproché...


**

Quand son rédac' chef lui a proposé le sujet, elle a cru à une blague. On lui servait l'enquête du siècle, LE rêve tout chaud sur un plateau alors elle n'allait pas discuter :


        - Avec ça tu vas être une star, il avait dit.


Était-ce la jupe qu'elle trouvait un peu courte ce matin, ou les mensonges – invérifiables – alignés malicieusement sur le format A4 de son CV ? En tous cas, c'est à elle qu'on refilait le scoop. Elle se voyait déjà sur l'estrade du Pullitzer, la robe longue et les flashes crépitants. Bisant de ses joues rosées par l'émotion les grands noms passant à sa portée...

Sortant de sa rêverie elle se concentra sur le briefing dont elle avait raté la moitié. "Tu me trouve l'homme et tu me sors une belle pige." Elle n'avait rien compris mais comptait sur ses talents d'improvisation qui, jusqu'à maintenant, avaient fait leurs preuves.


**


Lundi 21 octobre


Vous vous demandez sans doute pourquoi je fais ça? Essayez. Vous comprendrez.


**


Après avoir suffisamment mâché les nems surgelés et les coeurs de laitue composant son repas du soir, elle s'installa à son bureau de pin suédois pour commencer ses recherches. Elle prit la carte de bristol dans son sac et l'observa:


Serge Lilas

Pompes funèbres

Service à toute heure

Tarifs personnalisés




Suivait un numéro de téléphone à l'étranger, mais pas d'adresse. "Service à toute heure" Elle composa donc le numéro à 22 heures passées et se prépara une voix affectée par la perte d'un proche:


         - Bonsoir...
   
      Vous êtes en relation avec Serge Lilas, veuillez laisser votre message en indiquant les coordonnées du défunt, ainsi que le jour et l'heure auxquels le service peut-être effectué.


C'était trop inhumain pour être vrai. Comme une enfant elle pianota violemment son dépit sur le clavier, quelque chose qui devait être un code de parce qu'une voix synthétique remplaça l'annonce standard:


        - Rendez vous au PMU de l'avenue Décembre, demain 12 h. Je vous trouverai. Tout..Tout..Tout...


Elle se rappela alors l'enterrement de son grand père : la cérémonie, l'empathie du service funéraire. Rien à voir avec ce truc. Mais au fait, comment pourra-il la trouver? Elle avait appelé en mode anonyme. En plus, même s'il avait son numéro, il fallait qu'il soit extrêmement bien informé pour y associer son visage. Et puis quel intérêt pour un fossoyeur de pister les clients? Ces questions la remuèrent un moment mais l'image de la cérémonie-dont-elle-sera-l'héroïne occupa rapidement plus de place dans son esprit et elle ne tarda pas s'endormir en faisant de beaux rêves.


**


Lundi 11 novembre


Le secret avec ce genre de projet, c'est qu'il faut rester discret, ne pas trop se montrer. Je me suis donc trouvé un homme de confiance. Un naïf qui me prenait pour un détective privé. Un homme que la perspective de gagner plus en travaillant moins séduisit. Un homme facile à trouver en cas de pépin. Un fusible, heureux de toucher mon arme – dont je ne me sers jamais. Un gamin de quarante ans persuadé qu'on allait aider la police. C'est en quelque sorte ce qu'on allait faire. Pas de plainte, pas d'enquête, pas de criminalité. Droit au jugement.


**


Le PMU étant comble pour raison de grand prix de Vincennes, elle se contenta du comptoir. La présence dans son dos apparut au même moment que le café. L'homme était banal, vêtu comme un fonctionnaire des impôts. Il lui sourit et lui demanda de la suivre. Par précautions, elle avait enregistré le numéro de la police en raccourci dans son téléphone qu'elle gardait dans sa poche, à portée de main.


Il marchèrent jusqu'au cimetière du nord, trois rues plus loin. Là bas, il la conduisit vers un caveau qu'il ouvrit à l'aide d'une grande clé. Une fois à l'intérieur, il chassa l'obscurité en actionnant un petit interrupteur et la fit descendre quelques marches conduisant à une petite porte. Celle ci ouverte, elle se cru dans un film. L'endroit était propre, chaud et comportait un bureau équipé d'un petit ordinateur. Le fonctionnaire l'invita à prendre place et s'assit en face d'elle, derrière la machine. Un tas de questions se bousculaient dans l'esprit de la jeune journaliste mais elle décida d'être prudente et de laisser parler le maître actuel de la situation:


         - Vous avez les photos?
        -  ... Je ne savais pas si je devais les amener tout de suite, mentit elle.

         - Bon, ça peut attendre un peu. Quel type de service désirez vous ?
         - Le meilleur... le plus humain possible.


L'homme la regarda d'un air bienveillant et lui dit de ne pas s'inquiéter, que personne ne s'était jamais plaint.


         - Au fait combien ça me coûtera?
   
         - Ça dépend de vos ressources... comme pour les impôts, répondit-il en souriant. Vous avez une activité professionnelle?

        -  J'écris... des romans. Pour l'instant j'attend d'être publiée mais j'ai bon espoir.
        -  Ça fait 2000 €.


Sur ces mots il lui tendit un lecteur de cartes bancaires en même temps qu'il lui notait une adresse mail.


    - Pour les photos. Vous joindrez aussi l'adresse de la personne à prendre en charge.


Elle paya et il la laissa sortir, seule, tandis qu'il réglait des "formalités". Elle avait un drôle de goût dans la bouche. Une curieuse impression de s'être fait avoir.


**


Mercredi 13 novembre


J'ai trouvé mon premier client. En prospectant les tribunaux à la recherche de "l'erreur judiciaire": la décision qui ne passe pas. Son fils s'était fait "rater" par un chirurgien. Il n'est jamais sorti de l'hôpital. Non-lieu: ça arrive parfois quand on connait le juge. Comme il arrive aussi qu'on travaille trop pour payer les traites de la Jaguar, au risque de se réveiller de travers et de s'endormir sur une tumeur.

Le sentant suffisamment aigri, j'avais engagé la conversation,. Je le tuerais, m'a t'il chuchoté rageusement. Ce à quoi j'ai répondu que je connaissais quelqu'un qui bradait les prix pour ce genre de choses. Je lui ai tendu ma carte puis l'ai laissé me regarder, incrédule, m'éloigner sur mes béquilles. Pour la pub, je me déguisais. Les caméras fourmillent dans ces lieux.


**


Cette histoire comportait trop de vide. Elle n'osait pas avouer à son supérieur qu'elle était distraite pendant le briefing mais elle ne voulait pas non plus griller sa carrière avec un hors sujet. Tant pis pour sa fierté, elle questionna le rédac' chef.


        - Il se passe des trucs bizarres avec ce croque-mort, dit il. Il est en train de faire couler tous ses concurrents avec un service discount minable. Et un drôle de type nous a laissé la carte professionnelle en répétant un nombre.
    - Je l'ai vu au cimetière hier.
    - Il était mort la veille!


**


Jeudi 14 novembre


Le contrat s'est déroulé comme prévu. Rien à rajouter. J'ai eu de bons professeurs et l'homme ne se doutait de rien. Une fois le travail accompli – et vérifié dans la rubrique nécrologique – mon premier commanditaire : le papa vengeur, plein de gratitude, me remplaça pour quelques séances bénévoles de prospection. Distribuant ma carte et le code du répondeur à qui pouvait en avoir besoin, donnant à sa propre vie un sens unique. J'avais trouvé mon agent. J'aurais du me méfier...

Il faut toute une vie pour apprivoiser la mort. Lui, venait de la découvrir la vengeance et de perdre la tête. Voulant "booster les ventes", comme il disait, il contacta la presse pour un encart de pub.


**


Elle rentrait chez elle rassembler des affaires quand son immeuble a explosé. Fuite de gaz. Il n'avait pas commandé de café mais comme il en avait envie il le bu. Il se pensait en sécurité dans son bureau. Ils n'ont pas souffert. C'est ce qu'on dit dans ces cas là.


**


Jeudi 21 novembre


J'ai déposé le bilan après avoir clôturé les affaires en cours. On ne s'improvise pas entrepreneur. J'avais les compétences mais je n'ai pas su choisir les collaborateurs. Je les ai licencié, proprement.


Après avoir écrit ces dernières lignes, j'ai refermé mon cahier. Puis je l'ai déposé chez un notaire, joint à mon testament:


Je soussigné Serge Lilas lègue à la société quelques explications (...) en espérant que ça vous serve de leçon.


Puis je suis allé manger.

   

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Stratégie narrative

Ecrit par: Mirabelle () le 13-12-2008 18:58

Stratégie narrative

Ecrit par: Mirabelle le 13-12-2008 18:58

Bonsoir Chants du trottoir,  
 
La lecture de ta nouvelle est plaisante. Un style alerte, direct, espiègle et parfois même coquin. On en redemande…  
Dans les petites phrases qui ont fait mouche pour moi, je fais la liste :  
 
- La jupe un peu courte comme les mensonges invérifiables 
- Il faut toute une vie pour apprivoiser la mort. 
 
Ce qui m’a amusé, ce sont les facilités commerciales faites aux « clients » : Service à toute heure » ; les tarifs adaptés aux revenus, le paiement par carte bleue, la garantie sans réclamation… » 
 
J’ai trouvé fort louable ta manière de structurer ton texte mais sur le plan de la stratégie, à y réfléchir à deux fois, tu pourrais mieux présenter ton histoire. Je vais m’efforcer de te montrer quelques pistes.  
 
D’un côté tu as ta jeune journaliste, visiblement novice car elle a du mal à s’imposer dans une interview et à « extorquer » des informations ; d’un autre, un tueur à gage débutant, motivé par des idéaux qui restent obscurs durant tout le texte et qui veut donner une leçon de savoir-vivre à la société.  
 
L’idée d’un journal intime est bonne en soi, cependant cela court-circuite l’action de ta journaliste qui fait un peu potiche… Le rédact’ Chef lui promet le sujet du siècle et elle est aussi excitée d’un plat de nouilles trop cuites…  
 
Quand je relis ta nouvelle, paragraphe par paragraphe, je me suis attachée à analyser les informations que tu lâches pour faire comprendre doucement que ce fossoyeur fait tout lui-même : de la pub… à la production de cadavres sur commande. Dans ta première scène il y a un non dit : le sujet journalistique. Comme tu as de l’humour, tu peux engager ton lecteur sur une mauvaise voie : innovation dans les métiers ingrats… Comment résister à la crise ! A toi de voir.  
 
Quand tu débutes le journal intime, on ne comprend pas pourquoi ce type est amené à écrire… Même si le texte est présenté comme des feuilles arrachées, ou des morceaux de textes lus à la dérobée. La psychologie de ton personnage mériterait d’être développée. Il se sent visiblement investi d’une mission d’ordre public… Son journal commence exactement en même temps que le lecteur découvre la situation, on peut supposer néanmoins que ton personnage n’a pas attendu, et qu’il a eu quelques activités avant.  
 
La scène du rendez-vous pourrait être aussi développée. J’ai du relire deux fois pour comprendre comment tes deux personnages se reconnaissaient. On en déduit qu’ils sont seuls dans ce café… Est-ce suffisant pour que la relation s’engage comme tu l’as mis en scène dans le dialogue ?  
 
Quand on exerce ce genre de métier de fossoyeur amélioré, on est plus que discret mais méfiant comme une souris… Et là, tu embrayes comme s’il n’y avait pas d’embrouilles possibles, et il va forcément y en avoir une car ta journaliste est censée fait la lumière sur ces activités suspectes. Elle cherche à l’avoir. Tu crois que ton personnage doit se laisser faire ? et tu l’écris qu’il a l’impression de se faire avoir. Et tu laisses tomber ce pan de ton histoire.  
 
Après on passe au premier client de notre fossoyeur, sans relation visiblement avec cette journaliste (ou alors, j’ai pas capté) qui n’est pas très combative. Elle n'a pas su poser de questions et elle renonce un peu vite à son sujet.  
Ensuite tu lâches des infos sans les exploiter : j’ai trouvé mon agent, j’aurais du me méfier… Je m ’attends à quelques révélations bien senties. Que néni ! On arrive à la fin du texte et l’auteur doit être fatigué !  
 
La fin est un peut trop elliptique pour en saisir toute sa portée. « Elle », c’est la journaliste ? C’est elle qui saute ?  
 
L’histoire aurait été plus gratinée si le premier client était par exemple le patron de la journaliste, cela aurait créé une continuité entre les différents éléments de l’histoire que tu mets en place… Une manipulation à double détente… Elle vient pour l’interviewer et au final, c’est le tueur à gage qui fait publier son journal intime dans le canard de la nana… Il y a des tas d’hypothèse à envisager à partir de cette histoire. 
 
Qu’est-ce que tu en penses ?  
 
Bonne continuation.  
 
Bien amicalement.  
 
Mirabelle. 
 
PS : merci de ton compliment sur la régularité de mes retours. Hélas, ils sont trop rares sur le site (manque de temps). Qu’est-ce que tu veux, j’ai plein de défauts : sentimental et fidèle… T’as qu’à voir comme cela ne me simplifie par la vie ;-))

 

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Oh!

Ecrit par: Les chants du trottoir () le 12-12-2008 19:59

Oh!

Ecrit par: Les chants du trottoir le 12-12-2008 19:59

Ben c'est gentil ça :-)

 

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