| Ecrit par Les chants du trottoir,
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Trente cinq ans qu'il essayait de m'apprivoiser en vain... (Les 10 mots, semaine de la langue française)
Je n\'ai pas connu la révolution sexuelle ni la télé en noir et blanc mais j\'ai par contre quelques souvenirs de la mode du marron et orange pour en avoir été victime au cours de mon plus jeune âge. Bon, ce n\'est qu\'un détail, palabre sans doute inutile, mais ça compte, ça compte tous ces décalages graphiques dans la représentation qu\'on peut se faire d\'un monde antérieur. Quoique je me demande si le film des vacances de mes six ans aurait vraiment plus d\'attrait s\'il avait été réalisé par Michel Gondry... Dans tous les cas, l\'Histoire ce n\'est pas mon truc : c\'est trop réel, en plus c\'est déjà fini. Et puis, dans cette discipline, on étudie les causes et les conséquences. On cause beaucoup pour chercher la vérité et en conséquence, on n\'est pas toujours d\'accord.
Dans tous les cas, mes parents se sont accordé un moment. Ils m\'ont ensuite accordé leur attention. Ma mère était obligée : nous étions reliés par un rhizome pendant quelque temps. Mon père lui, a dû faire quelques efforts...
L\'hopital est gris. La salle dans laquelle nous nous trouvons : verte. L\'infirmière au visage couperosé, attablée au bureau l\'accueil, fait un signe dans ma direction et m\'annonce qu\'il va falloir être courageux. Elle doit sans doute se tromper de papa me dis-je, puis, observant autour de moi et réalisant qu\'il n\'y a que nous, je fais:
- Comment ?
- Il va falloir être courageux, répète-t\'elle, comme un robot. Si elle me le redis une troisième fois sur ce ton, c\'est elle qui devra prouver son courage. J\'ai bu tout les nescafés du distributeur et j\'ai la nausée. Je déteste ça. Autant que l\'attente, autant que les hopitaux. Allez accouche! Qu\'est ce qui se passe?
- J\'ai une bonne et une mauvaise nouvelle, persiste-t\'elle avec tact. Si ça continue je vais inonder de plaintes le bureau de son supérieur pour la fair muter à la morgue cette...
Nous somme dans la salle d\'attente de la maternité Françoise Dolto ; j\'attends ma femme depuis maintenant six heures et il est sept heure du matin.
- Vous préférez la bonne ou la mauvaise, d\'abord ?
- Vous vous ennuyez tant que ça la nuit, je lui répond sur le même ton. Puis j\'en rajoute un peu, laissant échapper un peu de salive pour faire plus vrai :
- Ecoutez, je suis bipolaire depuis ma plus tendre enfance et si vous ne me dites pas tout de suite ce qui arrive à ma femme et à la petite fille qu\'elle est en train de fabriquer, je vous assure que vous n\'aurez pas le temps de m\'attraper pour me faire une piqûre avant que je vous transforme en patiente du service chirurgie réparatrice.
- Vous avez un fils, il va bien. Vous pourrez le voir dans une heure.
Elle tourne le dos et s\'en va un peu vite en marmonant qu\'on ne peut plus faire son travail comme il faut et que si ça continue elle va se faire horticultrice comme ça plus de problèmes avec les parents. Sur le moment je m\'en veux puis je pense à mon père sans savoir pourquoi.
Mon père m\'a longtemps paru comme étant un homme fade. Je devais sans doute être moi même trop acide, comme ces abricots pas mûrs qui ne veulent pas se décrocher de la branche même quand on tire fort dessus. Je lui ai d\'ailleurs, je crois, provoqué un début d\'ulcère à l\'estomac quand il a appris qu\'il allait avoir de la concurrence là où il se croyait le plus à l\'abri de ce genre de chose : chez lui. Je n\'y étais pour rien mais la vie est ainsi faite : elle manque parfois de tact. Le talc et les couches ça vous fait des jolies fesses mais ça prend du temps. Et le temps c\'est un luxe. C\'est parfois difficile de partager.
Luc - on avait choisi Lucie mais l\'obstétricien étant myope... - ne nous a rien demandé pour s\'installer dans le ventre de sa mère. Mais il était un peu tard pour protester et pas trop pour nous préparer. Nous avions donc concentré notre attention sur son accueil. J\'ai, par voeu d\'équité, tenté de lire quelques bouquins spécialisés mais, pensant aux premiers hommes, je me suis dit qu\'après tout, on n\'a pas forcément besoin de boussole pour trouver un endroit agréable où creuser son nid. Sur le coup, cette idée m\'a paru honnête puis j\'ai commencé à me sentir un peu seul. Je n\'avais personne pour me tenir compagnie derrière le nombril, moi. Ce n\'était pas de café dont j\'avais besoin mais de bons conseils.
Mon père est un homme sage et, comme l\'Histoire l\'a prouvé, ceux-ci ne sont pas tout le temps respectés à leur juste valeur. On les moque, on les traite comme des faibles, on les ignore, préférant la \"tentation\" et la passion à cette raison souvent conspuée, ridiculisée, reniée. Je suis un peu tout le contraire. Une intuition heureuse à taille d\'homme jouant au loto avec mon destin comme un malade du Millionaire. Je ne joue pas : je ne fais rien d\'autre... Seulement la donne a changé et le doute brouille les cartes.
Si ça ne suffisait plus? Et si demain toute cette chance jubilatoire s\'arrêtait et transformait mon optimisme en surréaliste fait-divers:
\"Une trentenaire se tue à la roulette russe. Le barillet du revolver était vide\"
Je rejoindrais là mon père qui n\'a pas beaucoup l\'esprit pratique. Il est du genre à réparer un tuyau de cuivre avec du tissu. Récemment, il est allé en Afrique et ça lui a beaucoup plu. Les rapports humains et toute cette ambiance festive. Je ne parle pas du bricolage, ça c\'est secondaire...
Absorbé dans ces pensées dérivantes, je sens une petite tape sur mon épaule, me retourne et vois ce sourire en coin et cette casquette familère: la passerelle est approchée, je ne tomberai pas à l\'eau. J\'ai envie de pleurer. Lui, qui vient de faire plusieurs centaines de kilomètres en voiture et six dizaines d\'années en existence me lance :
- Comment ça va, toi ?
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Pied de nez aux régles
Ecrit par: Mirabelle Chardon () le 15-03-2008 19:23